La canardière de Meetkerke est située au Nord du canal Bruges-Ostende, au cœur des polders.
Diverses archives confirment que les d’Ydewalle possédaient dès le début du 18ième siècle de nombreuses terres à Meetkerke, de même que dans quelques communes voisines. Cette région riche en gibier d’eau attira dès l’entre-deux guerres et jusqu’aux années ’60 plusieurs générations de cousins passionnés de chasse, et notamment de passe aux canards.


 Meetkerke Jacques dYdewalle LDEn témoigne le court essai ‘En attendant l’Ouverture !’ suivi de ‘Moerepsalm’ (1942) d’Hubert d’Ydewalle (1909-1945): ‘Meetkerke ! Ce nom sonne dans les annales de la chasse locale comme les Thermopyles, Lépante ou Waterloo dans l’histoire des peuples. Depuis qu’en 1525 le bourgeois de Bruges Martin Lem y reçut en fief la «swanerye» devenue depuis la canardière, tous les chasseurs de la contrée ont passé par Meetkerke.’

Historique
La technique capture d’oiseaux d’eau dans le cadre de canardières date du 14ième siècle et s’est développé dans nos régions ainsi qu’ailleurs en Europe: Pays-bas, France, Royaume-Uni, Allemagne, Danemark. La Flandre a compté pas moins de 25 canardières en activité. Il en subsiste à l’heure actuelle des vestiges à Bornem, Sinaai, Eksaarde, Berlare, Meetkerke, Loppem, Merkem et Woumen.
La canardière de Meetkerke est située dans une zone que la carte de Pourbus (1571-1595) représentait à son époque sous la forme d’un grand lac d’eau douce. Cette zone marécageuse ne fut asséchée qu’à partir de 1622, date de création de la ‘Watering van de Moere van Meetkerke’, grâce notamment aux moulins qui pompaient le surplus d’eau vers le canal de Blankenberge.
Les Meetkerkse Moeren, ainsi que la canardière, ont été acquis en 1770 par la famille van Outryve d’Ydewalle. Elles ne passeront en d’autres mains que deux siècles plus tard.

Elevage de cygnes ?
Les plus anciennes archives désignent la canardière de Meetkerke sous l’appellation ‘zwanerie du mour de Meetkerke’. Cela ne signifie pas pour autant que l’exploitation de la canardière se soit développée parallèlement à un élevage de cygnes. Les historiens sont plutôt d’avis qu’une importante étendue d’eau a pu avoir été réservée à pareil élevage avant le lancement, en 1620, des opérations de drainage de cette vaste zone marécageuse (‘moermeer’). Ils rappellent que l’élevage des cygnes était strictement réservé, notamment depuis l’instauration de la Loi salique (6ième siècle) à de rares privilégiés (‘het zwanenrecht’). On sait que la ville de Bruges détenait ce droit.

Exploitation de la canardière
 Meetkerke Exploitation Plan rapproch LD OK LDLe processus de capture des canards nécessite la mise en place d’un étang de forme carrée ou rectangulaire, connecté à quatre fossés courbes (‘puppe’). Ces derniers sont recouverts d’un grillage et munis à leur extrémité d’un filet en forme d’entonnoir.
La présence de quatre fossés permet de mener les opérations de capture au départ d’une puppe située face au vent, évitant ainsi que les canards ne détectent une présence humaine. Chaque fossé est équipé d’une paroi de roseaux et d’une succession de courtes passerelles qui permettent d’y faire déambuler le chien roux de type ‘kooiker’, que les canards s’étonneront de voir successivement apparaître et disparaître.
 Meetkerke 1940 Kooiker LDLa mystérieuse fascination qu’éprouvent les canards sauvages confrontés à la vue du kooiker, qui circule d’abord sur la passerelle la plus proche de l’étang, a pour effet de titiller leur curiosité. Après quelque hésitation, certains se rapprochent peu à peu de l’animal, et donc de l’entrée de la puppe. Renouvelant le même manège au départ de la seconde, puis de la troisième passerelle située plus loin dans la puppe, le kooiker encourage les canards à se risquer plus loin dans le fossé grillagé. Les volatiles s’approchent progressivement de la nasse, puis s’y précipitent lorsque le canardier (‘de kooiman’), posté entre les volatiles et l’étang, les effraie en agitant un mouchoir.

 

 Meetkerke 1940 les puppe LDPrécisons que la courbure des fossés permet au canardier d’opérer sans être vu par les canards qui n’ont pas quitté l’étang central.

Les opérations de capture ne sont rentables qu’à certaines saisons, lorsque la canardière attire suffisamment de canards sauvages de passage dans la région. Il est donc indispensable d’entretenir tout au long de l’année la présence, sur l’étang central, d’une colonie de canards domestiqués (‘appellants’), dont la présence incitera un maximum de congénères à se poser à la surface de l’eau. Les opérations de capture nécessitent d’indiscutables compétences en psychologie animale dont seul un kooiman expérimenté peut se prévaloir. Plusieurs récits, dont celui de Demen Oom, canardier à Meetkerke durant les années d’après-guerre, en témoignent.
La rentabilité de la canardière de Meetkerke s’avéra très satisfaisante à certaines époques, à en croire les archives paroissiales de 1860: ‘Binnen sommige winters is de vangst zo voordelig dat men er verscheidene duizenden naer Brugge levert’.

Toponymie
La canardière de Meetkerke a été répertoriée sous des dénominations très diverses: zwanerie du mour de Meetkerke (1525), voghelrie (1525), l’oissellerie (1525), de coeye (1554), vogelkoye of swanerie (1700), de geoctroijeerde vrije haende koeye (1797), het kooizwin of koeyswin (1797), de kooilanden (1841), canardière (1850), etc. D. Karelse, expert néerlandais, souligne que les documents de 1525 évoquent une ‘zwanerie’ et une ‘voghelrie’, soit des activités qui ne se réfèrent pas nécessairement à l’exploitation, dès cette époque, d’une canardière.

Cormorans et hérons cendrés
 Meetkerke Hnonneraie LDAndré d’Ydewalle (1873-1940) a longtemps géré la canardière de Meetkerke, avant que son fils Thierry (1911-1957) ne prenne la relève. Les statistiques de cette époque confirment qu’une colonie de hérons cendrés y a niché depuis plus d’un siècle, tandis la présence des cormorans s’est fortement accrue à partir de la période 1914-1918. Des comptages ultérieurs font état de 127 nids de cormorans et de 65 nids de hérons cendrés (1943), puis en 1945 de 350 nids de hérons dans le bois de la canardière et un bosquet voisin. Les inondations provoquées par l’occupation allemande décimèrent la plupart des arbres, provoquant une réduction significative et durable des nids de hérons. Les cormorans ne nichèrent plus à Meetkerke - ni ailleurs en Belgique - après 1965 et ne revinrent qu’à partir de 1993.

Le Comte Léon Lippens, ami de Thierry d’Ydewalle, a pris la canardière en location pour une période de neuf ans, à partir de 1956, dans le cadre d’un projet scientifique d’étude des migrations.
Quelque 17.347 canards de sept espèces différentes furent bagués durant cette période.

La canardière et les terres avoisinantes furent cédées en 2002 par les derniers propriétaires à la Région flamande (Vlaamse Landmaatschappij). Celle-ci y développa un projet coordonné de préservation de l’environnement qui concerne une zone de 470 hectares situés au Nord du canal Bruges-Ostende.

Hugues d’Ydewalle

Bibliographie

  • Karelse, D. (2003) - Advies herinrichting eendenkooi Meetkerke. I.o.v. De Vlaamse Landmaatschappij, afdeling Brugge, 35 p.
  • Lippens, Léon - Baguage et observations d’oiseaux d’eau dans la région du Zoute (Knokke-sur-Mer) pendant l’année 1951. Gerfaut, 1952 (p.296-305)
  • Rodts, A. (1984) - Achter de schermen van de eendenkooi. Wielewaal jg 50: 417-433. (artikel als bijlage)
  • Verheyen, R.F. (1966) - Het voorkomen van de blauwe reiger, Ardea cinerea cinerea (L.) in België, en de evolutie van de reigerstand in die landen welke de Belgische populatie kunnen beïnvloeden. Giervalk 56/4: 374-403.
  • Verstraete, A., Karelse, D. & Zwaenepoel, A. (2008) - Eendenkooien in Vlaanderen: verborgen, meestal verdwenen en bijna vergeten. Monumenten, landschappen en archeologie 27/5: 33-72.
  • Zwaenepoel, Arnout (2010) - De eendenkooi van Meetkerke, een 500 jaar oud verhaal (cursustekst)