Thierry d'Ydewalle et son épouse Hélène ont joué le rôle de leurs ancêtres communs.

 L'histoire nous rappelle que Thierry d'Alsace (1099-1168), comte de Flandre, partit quatre fois en croisade en Terre Sainte. A l’issue de la deuxième expédition, il rapporte une relique du Saint-Sang, reçue des mains de son beau-frère Baudouin III d'Anjou, roi de Jérusalem.

De retour à Bruges le 7 avril 1150, accompagné de son épouse Sybille d’Anjou, Thierry dépose la relique en la chapelle érigée par lui sur le Bourg. Chapelle qui deviendra ensuite la basilique du Saint-Sang où la précieuse relique est conservée depuis lors pour être chaque année portée dans les rues de la ville à l'occasion de la procession du Saint-Sang.

Combien de Brugeois n'ont-ils pas, au moins une fois dans leur vie, participé à cette glorieuse commémoration ?

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Il y a plus de septante ans, au mois de mai 1947, Thierry d'Ydewalle et son épouse Hélène, née Obolensky,  sont requis pour remplir les rôles de Thierry d'Alsace et Sybille d'Anjou, tels qu'illustrés sur cette photo.
Mis à part un agréable souvenir de famille, quoi de plus banal, dira-t-on ?

Ce qui l'est nettement moins et probablement unique dans les annales historiques de la procession du Saint-Sang, est le fait que Thierry d'Ydewalle et son épouse ont joué - sans le savoir à l'époque - le rôle de leurs propres ancêtres, ancêtres communs de surcroît !

Détailler chaque génération - une petite trentaine - pour remonter à l'ADN commun entre ce digne représentant du Franc de Bruges et la princesse russe réfugiée dans le plat pays - descendante à la 34ème génération du viking Rurik, fondateur en 862 du futur empire des tsars - relève de l'imbroglio généalogique dont la lecture lasserait le lecteur le plus indulgent, d'autant plus que les lignes d'ascendance sont multiples.

Sans remonter à Mathusalem, on relève déjà à la 14ème génération un premier couple d'ancêtres communs, Richard Rich, Lord Chancellor sous le roi Edouard VI d'Angleterre, et son épouse Elizabeth Jenkins, finement portraiturés par Hans Holbein le Jeune, tableaux aujourd'hui conservés par Sa Majesté la reine Elisabeth II.  

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Richard Rich (1496-1567) et son épouse Elizabeth Jenkins (1510-1558), premiers ancêtres communs de Thierry et Hélène d'Ydewalle (Hans Holbein the Younger - Royal Collection - Windsor Castle)

On ne reconnaîtra jamais assez les mérites de Marie Aronio de Romblay (1843-1926), épouse de Charles van Outryve d'Ydewalle, pour la variété et la richesse de son ascendance !

Et si la généalogie d'Ydewalle se décline avec élégance, du côté d'Hélène Obolensky on entre de plain-pied dans l'histoire de la vieille Europe. L'une de ses aïeules, l'anglo-alsacienne baronne Mary de Bode, épouse d'un officier allemand au service de la France, émigrée en Russie à la Révolution française, descend non seulement de ce même Richard Rich mais aussi du roi Edouard III d'Angleterre ...

Deux rois de France, nombre de comtes de Flandre, d'Alsace, de Namur et d'ailleurs, quelques belliqueux Plantagenets, d'antiques familles du Moyen-Âge français et d'outre-Manche, telles sont les grandes lignes communes menant à Thierry d'Alsace et Sybille d'Anjou.

Cerise sur un gâteau déjà bien garni, la parenté Aronio mène également à Thierry d'Alsace via une première épouse, Marguerite de Clermont-Beauvaisis, décédée peu après 1145, aïeule lointaine mais directe de Thierry d'Ydewalle et de nombre de générations de nos cousins français Hautecloque et Lencquesaing, pour ne citer que des patronymes contemporains.

Le mot de la fin de cette saga familiale sera pour Maria de Vrière (1884-1931), mère de Marie-Adeline, Hubert, Thierry, Albert (+) et Ghislaine d'Ydewalle, auteurs des branches de Varsenare (de Failly), Beernem, Jabbeke et Tillegem (Verhaegen).

Adélaïde van Reynegom de Buzet (1862-1900), mère Maria de Vrière, est issue de quatre générations de Cartier de Marchienne, neuf générations de Baillencourt dit Courcol ... eux-mêmes se rattachant à d'anciens patronymes pour la plupart éteints : d'Ailly, Mailly, Halluin, Auxy, Créquy, Wavrin ... qui se sont illustrés tout au long du Moyen-Âge jusqu'à Thierry d'Alsace et Sybille d'Anjou.
Et encore, nous n'avons fait que résumer dans ses grandes lignes cet imbroglio généalogique ! 

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

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Sybille d'Anjou et Thierry d'Alsace, tels que représentés à l'entrée de la chapelle du Saint-Sang à Bruges et suivant une esquisse funéraire datant de 1601
(Bibliothèque Royale de Bruxelles)