La revue ‘Demeures historiques & Jardins’ (n° 191, septembre 2016) a publié un intéressant dossier de Bernard d’Udekem d’Acoz consacré au château et au parc de Couthove. L'histoire de cette propriété croisa la destinée de deux membres de notre famille.
Nous publions ci-dessous, avec l’aimable autorisation de la rédaction, l’introduction et la seconde partie de ce dossier.

L’asbl Demeures Historiques

Fondée en 1934, l’asbl Demeures Historiques (www.demeures-historiques.be) désire développer auprès d’un large public, tant belge qu’étranger, l’intérêt pour notre patrimoine architectural.
Elle espère ainsi contribuer à la protection des demeures historiques menacées qui, de par leur beauté et leur ancienneté, font partie intégrante du patrimoine culturel de nos contrées.
L'association tente également d’aider, par ses conseils et ses actions, les propriétaires de monuments historiques au niveau du classement des bâtiments et des sites, mais aussi au niveau de l´entretien, de la restauration et de l´ouverture des demeures au public.
Notons d'ailleurs que la restauration de la glacière et du pavillon situés tous deux dans le parc du château de Couthove, a été récompensée par le prix Prince Alexandre de Merode 2016.

Introduction

DE CT 12 Couthove 6 La facade avanbt tat actuelk LD LD LDLe château de Couthove et son parc, situés à Proven, commune de la ville de Poperinghe en Flandre occidentale, ont évolué pendant 250 ans sous l’influence des modes et des styles.
Nous y trouvons des éléments de diverses époques : des salons Louis XVI, une chapelle néo-rococo, un parc XIXe à l’anglaise avec de nombreuses fabriques ou une marquise en verre et fer forgé du début du XXe siècle. Vu le caractère exceptionnel de la propriété, la région flamande a classé l’ensemble – l’extérieur et l’intérieur du château ainsi que tout le parc et ses fabriques – comme « monument historique » en 2002. Un vaste programme de restauration a été lancé il y a trois ans. Un jalon important a été la restauration de la glacière et de son pavillon en 2015, projet couronné par le prix Prince Alexandre de Merode 2016.

La seigneurie de Couthove

La première mention de la seigneurie de Couthove remonte à l’an 1350. À cette époque, elle appartenait aux comtes de Horne, qui y avaient construit une « maison de plaisance » dont il ne subsiste plus rien. La seigneurie de Couthove passa à la famille Mazeman en 1742. Originaires de la région de Dixmude, les Mazeman s’installèrent à Poperinghe où ils exercèrent entre autres les fonctions de bailli, de bourgmestre, de conseiller pensionnaire et de magistrat 1.
Les origines de la famille remontent à Jacques Mazeman, qui vivait aux environs de 1500.
(…)
L’article publié dans la revue « Demeures historiques et jardins » consacre un long et intéressant développement aux propriétaires successifs de la demeure, et notamment à Jules Mazeman de Couthove (1811-1879), sénateur et membre du conseil provincial de la Flandre occidentale ainsi que bourgmestre de Proven, qui prit l’initiative de nombreuses transformations du château et du parc.

La vie dramatique de Jules Mazeman

PR 22 1 Couthove 1 Jules Mazeman ag devant Couthove cJules Mazeman ne fut pas épargné par les malheurs. Il perdit trois enfants sur cinq : son fils aîné Raoul se noya à l’âge de trois ans dans un des étangs de Couthove ; Marie-Alix, née en 1850, mourut à cinq ans et Gaston, né en 1851, mourut à douze ans. Seuls ont survécu le « deuxième » Raoul, né en 1854, et sa soeur Valentine (1853-1900), qui épousa le comte Philippe de Marnix de Sainte Aldegonde (1849-1910) en 1878, couple qui n’eut pas d’enfants.
Jules Mazeman perdit son épouse, Alix de Florisone, en 1857. Elle n’avait que 34 ans.
Jules Mazeman s’est fait peindre posant devant la façade avant de Couthove (ILLUSTRATION). On remarquera que la façade est chaulée couleur blanc cassé, et que les volets sont bruns.

Jules Mazeman mourut en 1879.

Raoul Mazeman de Couthove

PR 22 2 Couthove 2 Raoul Mazeman de Couthove 1854 1923PR 22 3 Couthove 3 Mathilde Mazeman de Couthove nee vOdy 1897 1945En avril 1889, dix ans après le décès de son père, le baron Raoul Mazeman de Couthove et de Tonlieu (1854-1923) (ILLUSTRATION) épousa Mathilde van Outryve d’Ydewalle (1867-1945) (ILLUSTRATION).
Au retour du voyage de noces de leur bourgmestre et de son épouse, les villageois organisèrent une « joyeuse entrée » : décoré de drapeaux et de guirlandes, le château fut aussi orné des armoiries des jeunes mariés et d’une enseigne « Saluons les nobles époux ici au seuil de leur manoir » (ILLUSTRATION CI-DESSOUS).

DE CT 10 Couthove 4 Facade avant decoree en 1889 a l occasion du mariage LD LD

Dans son discours de bienvenue, le secrétaire communal Rubbrecht se réjouit de cette union, rappelant que Raoul Mazeman de Couthove est le dernier du nom, et que sans ce mariage le nom Mazeman s’éteindrait, et que Couthove passerait à une famille «étrangère». Il s’est hélas réjoui trop vite, car le couple n’eut pas d’enfants.

DE CT 11 Couthove 5 Plan pour une facade neo Louis XVI vers 1900 LD LDRaoul Mazeman eut de grands projets de transformation du château, ce dont attestent des plans qui sont parvenus jusqu’à nous, notamment l’élévation d’une façade avant « néo Louis XVI » (ILL. 5) où le fronton triangulaire avec l’horloge est remplacé par un fronton en arc orné des armoiries Mazeman-d’Ydewalle. En option, l’architecte avait prévu une tourelle simple, ou un belvédère surmonté de décors en fer forgé.
Un autre projet prévoyait la destruction de la demeure et la construction d’un château « moderne » à la mode à cette époque, c’est-à-dire néo-renaissance. L’obstacle insurmontable était l’intégration de la chapelle dans l’ensemble. En conséquence, aucune suite ne fut (heureusement !) donnée à cet avant-projet de l’architecte (hélas non connu). Seules les modifications suivantes furent réalisées :
Vers 1900, on ajouta une annexe à gauche de la façade avant, sur deux travées et deux étages ; la façade avant fut cimentée avec du ciment Portland. Ce matériau fit son apparition à la fin XIXe siècle et, comme ce fut le cas pour d’autres châteaux dans le pays, la façade de Couthove fut cimentée dans le but de la rendre plus imperméable et plus facile à entretenir.
Vers 1910, une marquise en fer forgé et en verre vert fut construite ; elle subsiste toujours.
Un jardin d’hiver, avec une structure en fer forgé, fut ajouté à l’arrière ; il relie les murs de la chapelle et de la cuisine. Les jardins d’hiver étaient également en vogue à l’époque.

Suzanne d’Ydewalle

PR 22 4 Couthove 7 Baronne Charles d Udekem d Acoz nee Suzanne vOdy 1898 1983 cLe baron Raoul Mazeman de Couthove et de Tonlieu, dernier du nom, décéda en 1923. N’ayant pas d’héritiers directs, il demanda à son épouse de faire le nécessaire pour sauvegarder Couthove et ses souvenirs Mazeman de l’oubli.

Mathilde Mazeman trouva en sa nièce, Suzanne van Outryve d’Ydewalle (1898-1983) (ILLUSTRATION), la personne idéale pour assurer la continuité de Couthove.

Suzanne d’Ydewalle épousa le baron Charles d’Udekem d’Acoz (1885-1968) en 1932. Le ménage s’installa à Couthove, et trois fils naquirent de leur union : Henri, Raoul et Patrick. Charles d’Udekem fut, lui aussi, bourgmestre de Proven.

 

DE CT 13 Couthove 8 La faade arriere actuelle vue d audessus du pont en fer forg LD LD LDCharles et Suzanne d’Udekem firent transformer le jardin d’hiver en grande salle de réception en 1958.
Cette modification a façonné la façade arrière actuelle (ILLUSTRATION).
Les colonnes de la façade avant ont été retirées parce qu’elles risquaient de tomber.

 

Les guerres mondiales

PR 22 4 Couthove 9 SM la Reine Elisabeth a Couthove fin 1914 avec sa dame decompagnie voir remarque LD LDLa Première Guerre mondiale a été désastreuse dans la région d’Ypres : de très nombreux châteaux furent entièrement détruits. Ce sujet a été traité en détail par François-Emmanuel de Wasseige dans le numéro spécial 14-18 de 2014 de la revue ‘Demeures Historiques’.

Couthove a eu la grande chance d’être situé derrière le front. Le roi Albert Ier et la reine Elisabeth y séjournèrent à la fin de l’année 1914 (ILLUSTRATION).
« L’hôpital Reine Elisabeth Couthove » fut construit dans une prairie au fond du parc. Cet hôpital consistait en une série de baraquements dans lesquels militaires et civils furent soignés.


Couthove a souffert lors de la Deuxième Guerre mondiale, mais n’a heureusement pas été détruit.

Le présent et l’avenir de Couthove

PR 22 4 Couthove 10 Henri d Udekem d Acoz peint par Osvaldo Leite devant Couthoven LDLe comte (Henri) d’Udekem d’Acoz (ILLUSTRATION) et son épouse Marie-Madeleine Kervyn d’Oud Mooreghem sont les habitants actuels de Couthove.
Henri d’Udekem, fils aîné de Charles, est né en 1933 à Couthove et y a toujours habité. Il s’engagea en politique comme tous les occupants précédents de Couthove et fut, entre autres, bourgmestre de Poperinghe et président du conseil provincial de Flandre occidentale.
Il modernisa le château : électricité, double vitrage, aménagement d’une cuisine moderne, d’un petit salon, … Le défi à relever pour les futures générations d’Udekem est de taille. D’une part, il faut préserver, restaurer et entretenir cet important patrimoine en respectant tous les changements qui ont été ajoutés aux différentes époques de l’existence de la propriété. Il y a le château, mais aussi de nombreuses constructions dans le parc : un potager avec ses deux serres, son mur, ses grilles et sa maison, des pavillons, des vases en fer forgé, des dépendances avec remise, écurie, grange, pigeonnier, le tout entouré de grilles en fer forgé, des étangs avec un embarcadère, une île et sa grotte, une glacière, etc. Tout cela représente des budgets d’entretien importants. D’autre part, il faut que le château de Couthove reste avant tout une maison de famille chaleureuse, accueillante, confortable et où il fait bon vivre.

                                              Extraits de l'article 'Le château et le parc de Couthove'
                                              Auteur: Bernard d’Udekem d’Acoz
                                              publié dans la revue ‘Demeures historiques & Jardins’ (septembre 2016, n° 191)

Bibliographie
1 - PRIEM, Valère, Kastelen en landhuizen in de Westhoek, tweede deel, Ypres, 1998, p.121.
2 - Cet acte de bravoure est mentionné dans le texte des lettres patentes par lesquelles l’impératrice Marie-Thérèse anoblit la famille Mazeman en 1772
3 - RUBBRECHT, L.A., Herinnering der feesten gevierd te Proven den 19en, 20en, en 23en juni 1889 ter gelegenheid van het huwelijk van den weledelen Heer Baron Mazeman de Couthove met Mevrouw Mathilde van Outryve d’Ydewalle, Ypres, 1889.
4 - COOMANS de BRACHÈNE, Oscar, État présent de la noblesse belge, Annuaire de 1993, 2de partie, Maes-Meer, Bruxelles, 1993, p. 353.
5 - COOMANS de BRACHÈNE, O., op. cit., p. 354.
6 - RUBBRECHT, L.A., op. cit., p. 7 : « Mijnheer Mazeman is de laatste mannelijke afstammeling zijner familie en zonder huwelijk zou deze aloude naam voor eeuwig verdwenen zijn ; enkel het geheugen ervan ware in de bladeren der geschiedenis bewaard gebleven. Het schoon domein van Couthove zou met den tijd zijne zalen geopend hebben voor vreemde edele bewoners, zoo niet van anderen stam, ten minste van anderen naam. »
7 - de WASSEIGE, F.-E., « Les châteaux belges et la Grande Guerre », dans Demeures Historiques et Jardins n° 183, 2014, en particulier p. 15-20.

-> Histoire de la famille van Outryve d'Ydewalle: index des articles sur ce site (lien)