Né en 1904 au Château de La Bruyère, Jean-Marie de Meester (dom Emmanuel) est le deuxième fils d’Emmanuel de Meester (1866-1943) et de Marie-Thérèse van Outryve d’Ydewalle (1875-1950).
I
l rejoint comme son frère Antoine (dom Jean-Baptiste) la communauté bénédictine de la jeune Abbaye de St. André. 
Envoyé en 1950 en mission en Inde, le Père Emmanuel y sera étroitement associé à la fondation du monastère d'Asirvanam.
Soucieux de retracer l’histoire de cette première fondation bénédictine en Inde, le Père Emmanuel rédigea un récit dont les premières pages évoquent les années précédant son départ en mission.
Nous en publions quelques extraits.

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Plusieurs membres de notre famille furent impliqués à divers titres dans les événements entourant la visite de Napoléon à Bruges, en 1811 : hébergement de la suite de l’Empereur, Bal organisé à l’hôtel de ville, visite du port.
Un nouvel ouvrage, dont la parution est annoncée pour le courant du mois de septembre, y fera référence.

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Fille de Renaud de Failly et de Brigitte Martens, petite-fille de Jean de Failly et de Marie-Adeline van Outryve d’Ydewalle, Stéphanie de Failly est l'épouse de Christophe de Jamblinne de Meux et la maman d’Hortense, Marthe et Violette.
Elle nous conte ses années d'apprentissage comme jeune violoniste, la conquète d'un doctorat en musicologie suivie par la création de l'Ensemble Clematis.

Depuis ma plus tendre enfance, je savais que le violon ferait partie intégrante de ma vie. Jamais je n’ai rêvé d’être maîtresse d’école, pédiatre ou vétérinaire.
5ème de la fratrie, fille de surcroît, j’ai dû me tailler une place et me faire entendre d’une manière ou d’une autre...  et ce fut la musique, mon langage principal.

A la maison, la musique a toujours été omniprésente. Mon père était passionné de musique. Il écoutait des cantates de Bach à fond la caisse depuis le salon sur un pic up grésillant. Mon grand frère Christophe que je suivais comme son ombre, s’est occupé de moi de façon magique. Nous étions (et sommes toujours) très complices. IL était le seul dans la famille à pratiquer le violon ; je voulais lui ressembler en tout point, donc, Cqfd, je jouerai du violon également.

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Au fin fond du Condroz
Au fin fond du Condroz, dans les années 70, ce n’était pas simple de jouer du violon en étant si petite. Ma mère sans doute très amusée par ma détermination m’emmenait au cours de mon frère toutes les semaines. Au début, le professeur testait mon écoute et avec la complicité du conservatoire, j’ai pu accéder à des cours. Le directeur de cette école de musique a falsifié les documents de sorte que j’ai eu l’âge de 7 ans pendant 3 ans. Je devais aller au cours de solfège sans savoir ni lire ni écrire. J’avais des cours d’instrument tous les deux jours pendant 10 minutes. Mes parents ont été admirables pour les conduites interminables et les attentes de plus en plus longues dans la voiture. Je pense que si je n’avais pas « accroché », ils n’auraient tout simplement pas continué.
J’avais un tout petit violon adapté à ma taille, le plus petit je pense. Je me souviens que lors de mon premier petit concert, j’étais tellement contente d’être sur « scène » que je me suis mise à jouer toutes les reprises du morceau. Mon professeur qui s’est avéré un excellent pédagogue me laissait jouer n’importe quoi au début pour me familiariser avec l’instrument mais en sa présence, c’était exigeant et sans relâche. Ce qui fait que mon petit violon faisant partie de mon univers me suivait partout même dans la salle de bain, ou dans mon landau de poupée. Je ne l’ai jamais cassé.


Pendant des années de pratique, il a fallu gérer le quotidien autour de ce hobby de plus en plus prenant. Les gouters d’anniversaires et autres festivités du mercredi étaient passés à la trappe. Je suivais des cours de solfège, violon, musique de chambre, histoire de la musique et le dimanche matin, c’était l’orchestre. A 9 ans, je ne tenais même pas les deux parties du concert dans son intégralité, je m’endormais sur ma chaise avant la fin du concert alors que j’étais sur scène. On galopait dans la voiture entre l’école, les concerts, les concours, le conservatoire, les devoirs sur la banquette arrière de la voiture et les réveils difficiles. Ce n’était pas vraiment pesant vu que je n’avais rien connu d’autre et que cela fonctionnait sans trop de difficulté.

Je recevais beaucoup d’encouragements de toute la famille. Je me sentais soutenue surtout par les « vieux ». Toujours un petit mot, me demandant quelles étaient les œuvres que je travaillais. J’appréciais cette gentille écoute connaisseuse en face de moi. Ceux de ma génération me trouvaient sincèrement trop bizarre.

7HD Carngie HallCarnegie Hall (New-York)

Au Conservatoire
A 14 ans, j’ai terminé ma formation à l’académie. Je suis restée encore une année chez mon professeur et en parallèle, je me préparais au concours d’entrée au conservatoire dans la classe de Véronique Bogaerts, lauréate de CMREB. Je suis donc arrivée à 15 ans, au Conservatoire Royal tout en poursuivant péniblement l’école dans cet horrible athénée de Huy au milieu plus que douteux. Il y avait des humanités musicales aménagées dans cette école et heureusement que mon père n’y avait jamais mis les pieds, il m’aurait retirée illico presto.

Je devais me réveiller tôt le matin pour prendre mon train à 5h29 pour suivre des cours de solfège, au conservatoire de Mons et continuer l’école à Huy jusqu’à des 20.00 du soir parfois. Pour y arriver, je devais fournir pratiquement 3 ou 4 heures de pratique de violon en moyenne. Travailler le son, les gammes, le répertoire. C’est un peu comparable à du sport de haut niveau.

7LD mon violon sur la scne du koncerthaus VienneAu bout d’un an, je n’arrivais plus à suivre en simultané les cours généraux et un cycle d’études supérieures. J’ai donc arrêté l’école. Je dois dire que ma mère a été géniale de compréhension et m’a suivie. La police a même débarqué à la maison parce que je ne fréquentais plus d’école. Encore une fois, ma mère est allée déminer le terrain auprès de l’inspecteur de la fédération wallonne pour défendre ma cause. A ce jour, j’ai un doctorat, deux masters et pas de diplôme de fin d’humanité.

J’ai suivi des master classes à Amsterdam en même temps que mes études au conservatoire.
Je travaillais comme étudiante à l’orchestre de la Monnaie ou de l’orchestre national de Belgique. A la Monnaie, il y avait Béjart, Mortier, la découverte du sida et des musiciens décimés par cette maladie. J’ai joué dans des tonnes d’opérettes à Roubaix sans oublier les studios d’enregistrement pour William Sheller, Lara Fabian, David Halliday et Patricia Kaas. Cela ne représentait pas grand-chose à mes yeux car mes idoles à cette époque étaient plutôt Chostakovitch, Rachmaninov et Brahms et leurs interprètes.

Un décalage social absolu
Il a toujours fallu composer entre mon niveau musical et mon âge réel. Je pense que c’était la plus grande difficulté. Vivre au milieu d’adultes, avoir ses premiers cachets à 15 ans et participer à des soirées rallyes. Un décalage social absolu et beaucoup d’incompréhensions de part et d’autre. D’un côté, fille à papa ; de l’autre, mauvaises fréquentations. J’étais cataloguée tout de suite. Je me sens souvent immigrée de milieu. Pas tout à fait artiste, pas tout à fait aristo !
Avec mes études, il n’était pas question de se fracasser les oreilles dans des discothèques ou de m’abîmer les tendons avec de l’alcool. Lorsque je vois des très jeunes précoces, tout me semble beaucoup plus facile aujourd’hui pour eux. Les parents sont soutenus, il y a des bourses aménagées. Dans les années 80, rien de tout cela n’existait. Les jeunes actuellement sont tellement plus intéressés également par ce qui les entourent.

 

 

 

 

             Mon violon sur la scène du Koncerthaus à Vienne

Mariage, Tunisie, apprentissage du violon baroque
Ensuite j’ai rencontré mon mari et nous sommes partis vivre en Tunisie.
Christobal a été envoyé comme expat à Tunis. Je l’ai suivi et j’ai continué de prendre des cours en parallèle à Vienne avec le second violon du quatuor Alban Berg. Pas un enfant d’ambassade ne prenait pas des cours de violon avec moi. J’étais professeur du conservatoire de Sidi Bou Saïd et dès que le montant du billet d’avion pour Vienne était atteint, je m’en allais y prendre des cours. J’ai pu aussi jouer en soliste avec l’orchestre national de Tunis. Une sacrée épopée.

7LD440pcAprès 3 années magiques dans notre maison à Carthage (à 100 mètres des ports puniques), notre Hortense sous le bras, nous sommes rentrés à Bruxelles.
Je travaillotais gentiment lorsque notre deuxième fille, Marthe, est née . Un soir, en pouponnant, je me suis rendu compte que je n’allais pas faire QUE cela. Une rencontre avec François Fernandez chez un ami luthier et un tirage à pile ou face. Me voilà embarquée chez Sigiswald Kuijken dans l’apprentissage du violon baroque.
Ça a été une révélation totale. Je me suis lancée dans un doctorat au conservatoire de Genève pour la spécialisation de la pratique musicale du XVIIème siècle.

Depuis 2002, mon doctorat en poche, je n’ai plus arrêté. J’ai créé mon ensemble Clematis uniquement pour pouvoir gérer les horaires de répétitions et pour être plus proche de ma famille. Je suis partie faire des tournées les plus incroyables possible mais cela sera pour la suite.

La grand-mère de Christobal a eu un premier prix de violon au conservatoire de Paris ; quand elle s’est mariée, elle a rangé son instrument dans sa boîte et a rempli sa vive d’épouse. A cette époque, c’était incroyable pour une femme d’obtenir un premier prix. Pour moi, il en était hors de question. Mon mari m’a toujours soutenue et suivie dans mes démarches artistiques saugrenues.

 


       Mission jesuite en Bolivie

Pour conclure je souhaite préciser que pour moi, il faut réaliser ses rêves.
Ma famille est exemplaire.
Christobal m’a toujours laissée poursuivre ma carrière et sans cette base, je n’aurais jamais pu réaliser quoi que ce soit.

Nathalie de Failly

 

7LD Ensemble Clematis

Ensemble Clematis
Pour plus d'infos concernant l'Ensemble Clematis et le programme des tournées de cet été: lien

 

8 Titre le VifL'hebdomadaire Le Vif du 17 décembre 2020 a consacré un reportage au 'Retour du sauvage', qui comprenait un interview de notre cousin Luc Janssens de Bisthoven, en qualité de coordinateur de « CEBioS ».
Ce programme est dédié au maintien de la biodiversité dans les pays en développement.
L'interview de notre cousin figure dans les dernières pages du reportage, disponible en téléchargement au départ du lien suivant.

A cette occasion Luc a fort sympathiquement accepté de nous résumer son itinéraire professionnel. 

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C’est dans la descendance de François de Serret (1767-1849) et de Marie-Thérèse van Outryve d’Ydewalle, fille d’Emmanuel-Louis (1745-1827), que nous trouvons – six générations plus tard – la connexion familiale qui nous relie à la docteure Marie-Françoise Van Bressem.
Membre depuis peu de notre Association familiale, elle nous rend compte, depuis Berlin, de sa passion professionnelle pour le monde des cétacés.

10LD FranoisemerAdorant les animaux depuis toujours, j’ai décidé dès mes six ans de devenir vétérinaire. Après avoir terminé mes études secondaires au Lycée Emile Jacqmain en 1980, j’ai commencé des études de médecine vétérinaire à l’Université Libre de Bruxelles et ensuite à l’Université de Liège. Diplômée en 1986, j’ai brièvement travaillé comme chercheur à l’Université Catholique de Louvain dans le domaine de la cancérologie.

Belgique et Pays-Bas
Très vite, je suis retournée vers ma passion initiale et ai obtenu en 1988 un poste au service de Virologie et d’Immunologie Vétérinaire dirigé par le Professeur P-P. Pastoret (Université de Liège). J’y ai commencé mon doctorat que j’ai poursuivi à l’Institut des Maladies Infectieuses de l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas sous la direction du Professeur A. Osterhaus en 1991-1992.
C’est là qu’en collaboration avec d’autres chercheurs, j’ai isolé le morbillivirus des dauphins, un virus proche de celui de la rougeole, qui a causé de sérieuses épidémies chez les dauphins bleus et blancs de la Méditerranée et qui a ensuite été détecté parmi d'autres espèces de cétacés.
En 1989, je suis partie pour six semaines à Pucusana au Pérou, à l’invitation du Dr K. Van Waerebeek, directeur du Centre Péruvien d’Etudes des Cétacés (CEPEC), qui désirait développer la partie vétérinaire de ce centre de recherche et conservation, reconnu au niveau mondial pour avoir mis un terme à la pêche artisanale des petits cétacés au Pérou.

Fascinée par les possibilités de travail qui s’offraient à moi, j’ai quitté l’Europe en 1992 pour travailler au CEPEC en tant que volontaire pour la coopération au développement (Direction-Générale de la Coopération au Développement et Aide humanitaire belge, ministère des Affaires Étrangères).
Continuant mon doctorat, j’ai étudié les maladies infectieuses des cétacés capturés dans les pêcheries péruviennes et destinés à la consommation humaine. Outre les données biologiques, je prélevais des échantillons des différents organes malades ainsi que de serum. Je collaborais et développais également des projets avec de nombreux scientifiques belges, européens et internationaux.
10LD FranoiseDelfinesBelgique, Royaume Uni et France
Je revenais en Europe pour effectuer les recherches de laboratoire. J’ai ainsi passé plusieurs mois au Département des Morbillivirus à l’Institut de Santé Animale du Laboratoire de Pirbright, Royaume-Uni, sous la direction du Dr T. Barrett. Ensemble nous avons démontré la présence d’anticorps contre le morbillivirus du dauphin chez plusieurs espèces de cétacés au niveau mondial. En collaboration avec les Drs Pastoret et Dekegel (Institut Pasteur du Brabant) nous avons détecté des poxvirus (famille du virus de la variole) dans des lésions cutanées des dauphins et marsouins péruviens. Au Département de Pathologie Vétérinaire de l’Université de Liverpool, nous avons mis en évidence la présence d’anticorps contre les poxvirus dans le sang des cétacés péruviens sous la guidance du Dr M. Bennett.
En collaboration avec le Dr G. Orth de l’Institut Pasteur de Paris, nous avons démontré la présence de papillomavirus cutanés et génitaux chez les marsouins et les dauphins de la mer du Nord et de l’Océan Pacifique. Ces virus, à l’organisation génomique très particulière, étaient encore inconnus. Leur étude a permis de faire progresser les connaissances sur la recombinaison virale dans cette famille. Avec une équipe de scientifiques allemands et chiliens nous avons également étudié les maladies du système reproductif des dauphins obscurs du Pérou.

J’ai présenté ma thèse de doctorat intitulée ‘Histoire naturelle des infections virales chez les cétacés’ à l’Université de Liège en 1997 et obtenu le titre de ‘docteur en sciences vétérinaires’.

Parallèlement à notre travail de recherche, mes collègues du CEPEC et moi avons mis en place un programme d’éducation à l’environnement dans les écoles de plusieurs villages de pêcheurs de la côte péruvienne pour compléter les mesures législatives protégeant les cétacés et autres animaux marins. Ce programme comprenait des cours sur la faune marine basés sur des vidéos thématiques et des livrets éducatifs que nous avons écrits et illustrés, des ateliers créatifs, des concours de dessin ainsi que des visites guidées au Musée des Dauphins (Museo de Delfines) à Pucusana et autres événements publics. Commencé en 1993, ce programme est poursuivi jusqu’à présent par différentes associations péruviennes dont Pro Delphinus, une ONG fondée par les membres du CEPEC en 1995.

Colombie et Allemagne
Durant ma période de post-doctorat, j’ai créé avec le Dr Van Waerebeek, le Groupe de Médecine de Conservation des Cétacés au sein du CEPEC. Ce groupe travaille avec des scientifiques de nombreux pays, particulièrement d’Amérique du Sud et Centrale mais aussi d’Asie, d’Afrique et d’Europe.
C’est ainsi que nous avons identifié une maladie cutanée chronique et invasive d’origine fongique parmi plusieurs populations de grands dauphins. La sévérité et la prévalence de cette affliction semblent liés à la pollution chimique et biologique des eaux côtières. Mes recherches actuelles portent principalement sur les infections virales et les maladies cutanées des cétacés ainsi que sur l’évaluation visuelle de la santé de ces animaux et des risques anthropogéniques auxquels ils font face.

10LD FranoisefamilleJe suis conseillère experte pour la Commission Baleinière Internationale, le ‘Taiwanese White Dolphin Conservation Program’ et ‘The Environment Society of Oman, Sultanate of Oman’ entre autres organisations. J’ai participé à de nombreux séminaires et ateliers et écrit plus de 150 articles, résumés, documents et chapitres de livres. Je fais également partie de la Commission wallonne des parcs zoologiques depuis 2019.

Pour réaliser mes investigations j’ai bénéficié du support de plusieurs organisations belges dont le Fond National de la Recherche Scientifique et la Fondation Lefranc de l’Université de Liège, et internationales dont le ‘British Council’ et la ‘Cetacean Society International’. En 2016 j’ai reçu le prix ‘WDC Bharathi Viswanathan Award’ en reconnaissance de mes recherches innovatrices dans le domaine de la médecine de conservation des cétacés.
Pour des raisons familiales, je vis et travaille à Berlin depuis 2011 après un séjour de quatre ans à Bogota en Colombie où mon mari était diplomate (Ambassade d’Allemagne).

Docteure Marie-Françoise Van Bressem

Visuels
(1) Sur le terrain en Colombie (Puerto Carreño) en 2010
(2) Mes  activités d'éducatrice au 'Museo de los Delfines' de Pucusana au Pérou en 1999
(3) Accompagnée de mon époux et de ma fille, Renato et Anaïs Bignami, à Berlin en 2017.

Pour plus d'infos
- Site web Researgate (lien)
- Site web Prodelphinus (lien)

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Le Nouveau Bruegel l’Ancien

Ghislain d’Ydewalle

Trois coups de marteau, lever de rideau !

Mon grand-père Stanislas se croyait bien inspiré en voulant placer une assiette en bois peinte, héritage des van der Renne, dans le salon blanc, réservé pour les grandes réceptions. Ce n’était pas du goût de son épouse, Cécile, jugez-en ! Deux couples qui poussent un ivrogne dans la bauge à pourceaux ! Pas très convenable. Dès lors le tondo fut relégué dans le salon bleu et posé sur une commode parmi quelques bibelots et la photo de mon arrière-grand-mère. Pas sûr que de son vivant, celle-ci aurait apprécié cette proximité avec un tableautin si peu fréquentable, faussement attribué à Pierre Bruegel l’Ancien, disait-on. Ma cousine se rappelle que j’avais un « penchant » pour ce tondo. Je pense que le nom du Maître présumé m’impressionnait plus que la peinture elle-même.

L’industriel Paul de Brouwer était fin connaisseur et excellent conseiller en matière d’antiquités. Il demanda à son ami Stanislas de lui prêter le tondo en vue d’en faire une copie. Demande acceptée, la main sur le cœur. Hélas, la restitution du tondo n’a pu se concrétiser qu’après plusieurs sommations provoquant une hausse de tension parmi les occupants de « Tudor », d’ordinaire si paisible dans son environnement champêtre.

Quelques temps plus tard, Amédée Visart de Bocarmé, bourgmestre de Bruges, lança à la cantonnade à son ami Stanislas : « Es-tu certain que c’est bien le tableau original qui t’a été rendu ? » Cette boutade, tombée dans l’oreille des jeunes enfants de Stanislas, contribua à la confusion générale. Le tondo sombra dans l’oubli, noyé parmi tant d’autres objets de collection.

Piero Bianconi mentionne dans sa monographie l’existence d’une estampe ronde, avec le monogramme de Jan Wierix, datée 1568 et portant l’inscription « P. Bruegel inuet » qui illustre le proverbe flamand « ‘t Varken moet in ‘t Schot ». Hulin de Loo verrait volontiers dans la gravure le témoin d’une peinture perdue du Maître et qui serait citée dans l’inventaire des biens de Gillis van Coninxloo, un des maîtres de Pieter le Jeune (un tableau représentant le porc poussé dans une porcheresse).

Cette précieuse information bouleversa nos esprits. Y aurait-il un lien entre le tondo de nos grands-parents et la peinture perdue mais renseignée dans l’inventaire de van Coninxloo ? S’il y a présomption sur la paternité artistique du tondo, comment établir avec certitude son authenticité ?

En janvier 1998, je prends rendez-vous avec les professeurs H. Verougstraete et R. Van Schoute au laboratoire d’études des œuvres d’art par les méthodes scientifiques à Louvain-la-Neuve.

R. Van Schoute m’accueille chaleureusement dans un petit bureau. Nous sommes rejoints par H. Verougstraete qui m’invite à m’asseoir à la table. Elle prend place en face de moi tandis que Van Schoute s’assied à ma gauche. Après un échange de courtoisie, je sors le tondo de son étui en carton usager et je le dépose avec précaution sur la table. Je déplie soigneusement le molleton dans lequel il était emballé, le démaillotant en quelque sorte. Surprise ! C’est le revers du tableau qui apparaît. Je le remets prudemment à l’endroit et aussitôt un profond silence s’installe dans la pièce. Comme s’il se passait quelque chose d’extraordinaire. On n’entend pas une mouche voler. Les deux éminents professeurs, penchés et concentrés sur le tondo, scrutent, l’œil averti et loupe en main, le moindre indice qui pourrait orienter leur recherche. Les minutes s’écoulent… Je savoure ce moment. J’ai l’impression de mettre à l’épreuve deux étudiants qui passent l’examen oral. « Un proverbe ! » Foi de Verougstraete ! Qui dit « proverbe » pense Bruegel. Les langues se délient. La conversation s’anime. Mais impossible, au stade actuel, de préciser si c’est une œuvre de Bruegel l’Ancien ou une copie de son fils. Les professeurs proposent avec enthousiasme de poursuivre l’analyse du tondo pour une période de 3 mois.

Au terme du prêt, nous nous présentons pour reprendre le tondo. Ce matin-là les deux experts décident de refaire une nouvelle fois un examen aux infrarouges. « Concentrez-vous sur l’auge du cochon » conseille Verhougstraete à son collègue. C’est à cet endroit que l’on retrouve la signature des copies. « Je vais tenter quelque chose » lui répond celui qui créa le laboratoire en 1965. Il oublie alors un instant les protocoles d’analyse, d’habitude scrupuleusement respectés. Les conditions d’examen sont modifiées une énième fois. Et c’est là qu’apparaît… une date. Ou plus exactement un début de date : les lettres majuscules MD. L’excitation des chercheurs est à son comble car la date est suivie de la signature. Le doute n’est plus permis : les professeurs viennent de mettre au jour la signature et la date de la composition de « le porc doit aller dans la bauge » petit tableau moralisateur peint en 1557 par Pierre Bruegel l’Ancien.

J’avais enfin la réponse à mon questionnement sur l’authenticité du tondo mais le plus dur restait encore à faire. Comment faire accepter cette importante découverte par la communauté scientifique internationale, d’habitude très sceptique en cette matière. C’est finalement l’option du « Burlington Magazine » qui a été retenue. Le rapport complet des professeurs de Louvain-la-Neuve a pu être publiée dans cette prestigieuse revue, « coupant l’herbe sous les pieds de ceux qui voudraient dénigrer le tableau ». Enfin cerise sur le gâteau, la National Gallery à Londres a accepté d’exposer le tondo « ce qui est de nature à asseoir la réputation internationale de la peinture ».

En juillet 2002 nous montons les marches de Christie’s à Londres, la célèbre maison de ventes, temple du monde capitaliste et vitrine de l’argent « fou ». Le commissaire-priseur se lance dans la bataille des chiffres avec l’élégance d’un jongleur. Lot 35, lot 36, lot 37 « The Drunkard pushed into the Pigsty, from Pieter Bruegel the Elder ». Le marteau frappe au prix de réserve : « It’s yours ! »

Un coup de marteau, adjugé le tableau !