Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz, historienne

Née Verhaegen, Marie-Pierre a épousé Bernard d’Udekem d’Acoz, fils de Raoul et petit-fils de Charles d’Udekem d’Acoz et de Suzanne van Outryve d’Ydewalle (1898-1983). Le couple compte quatre enfants. La publication récente de son dernier ouvrage, intitulé Andrée De Jongh. Une vie de résistante’ nous a incités à lui demander de nous présenter son cheminement professionnel.

J’ai obtenu une licence (master) en histoire contemporaine à l’Université de Gand en 1990 avec un mémoire consacré à la Deuxième Guerre mondiale et la Résistance à l’occupant allemand à Merelbeke, commune limitrophe de Gand.

Mon promoteur et d’autres professeurs furent frappés par le nombre de nobles actifs dans plusieurs groupes de résistance dans lesquels des ‘Merelbekois’ s’étaient engagés. Je fus conviée à présenter ces résultats au Centre d’Études et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines à Bruxelles (le CEGES, mais qui ne portait pas encore ce nom-là à l’époque) le 16 mai 1991. J’y ai donné un éclairage nouveau pour mon auditoire composé d’historiens sur la participation importante des membres de la noblesse dans les réseaux évoqués dans mon mémoire.

Trois ans plus tard, une invitation du CEGES à participer à un colloque franco-belge sur la Résistance m’amena à approfondir le sujet et à l’élargir à quelques cas édifiants de cette participation.

Tant lors du séminaire qu’au cours du colloque, les mêmes questions m’étaient posées : la participation de la noblesse belge à la Résistance a-t-elle réellement été importante ? Dans l’affirmative, dispose-t-on de données chiffrées ? Dans quels mouvements les nobles se sont-ils engagés ? Quelles fonctions occupaient-ils ? Quelles étaient leurs motivations ? Ces questions n’avaient jamais fait l’objet d’une étude détaillée et méritaient incontestablement un examen approfondi.

Je travaillais à mi-temps dans une libraire francophone à Gand et mes loisirs étaient en grande partie consacrés à la recherche historique. J’ai participé à la commémoration du bicentenaire de la naissance de mon ancêtre Pierre-Théodore Verhaegen (1796-1862) en écrivant et co-écrivant cinq chapitres du livre que l’ULB et la VUB ont édité conjointement. En 1996, je devins aussi la secrétaire de rédaction bénévole de Bulletin de l’ANRB, qui est une revue trimestrielle (dix ans plus tard j’entrais au Conseil d’Administration de l’ANRB et devint présidente de la section provinciale de Flandre occidentale).

Mais l’idée de mettre en lumière le rôle des nobles dans la Résistance ne me quitta pas. Il y eut dans ces histoires personnelles et familiales, tellement de courage, d’abnégation, de drames et d’effroyables souffrances que je voulais prouver à ceux qui en doutaient que la noblesse avait fait plus que son devoir.

Je savais que la part prise par la noblesse dans la Résistance avait été particulièrement importante, et que les conséquences furent tragiques dans beaucoup de familles. Tout cela me semblait une telle évidence, qu’il ne me restait « plus qu’à » le démontrer. Mais comment ? La tâche était titanesque et faire des recherches hors du cadre strict de l’Université ou de la recherche scientifique et donc sans savoir si les résultats seront publiés est bien ingrat.

En 1995, j’écrivis l’introduction des carnets de prisons (1942-1944) de mon grand-père Jean Verhaegen, décédé en déportation en février 1945. À cette occasion, je rencontrai le directeur de la prestigieuse maison d’édition Racine, qui accepta de publier mon étude scientifique sur le rôle des membres de la noblesse belge dans la Résistance. Je n’avais plus qu’à me mettre au travail.

Ce livre, Pour le Roi et la Patrie. La noblesse belge dans la Résistance, est paru en décembre 2002. Entretemps, j’avais épousé Bernard d’Udekem d’Acoz et eu deux enfants : Pierre, né en 1999 et Charlotte en 2001. François est né en 2003.

Un chapitre de Pour le Roi et la Patrie est consacré au réseau d’évasion Comète qui fut cofondé et dirigé par une jeune femme d’exception : Andrée dite Dédée De Jongh. Un heureux concours de circonstances me permit de la rencontrer en 2004 et de faire un exposé sur sa vie, en néerlandais, en sa présence (!) en 2005. Elle décéda en 2007.

L’admiration que ne peut que susciter Dédée De Jongh me conduisit à entreprendre des recherches et à écrire une biographie complète de cette grande résistante qui, après la guerre, consacra sa vie aux lépreux. Une vie de résistance et de courage, certes, mais aussi une vie d’amour, de foi en Dieu, de peines et de joies.

Andrée De Jongh. Une vie de résistante, est paru en février 2016 aux éditions Racine.