En 1989, après une dizaine d’années d’expatriation, nous sommes rentrés en Belgique et nous nous sommes installés à Gottechain dans le Brabant Wallon.

Très vite après avoir transformé le champ de maïs en jardin et planté des arbres fruitiers et des arbustes à fleurs, Victor, alors âgé de 7 ans, a manifesté vouloir des ruches.

J’ai donc rejoint un cours de seconde année (pratique) après avoir passé un petit examen théorique pour être à niveau. En mai 1993, je recevais notre première colonie.

 11 Ruches RAprès quelques années, nous nous sommes retrouvés avec 3 ou 4 ruches, ce qui était amplement suffisant avec mon emploi à Bruxelles. La seule période un peu critique de l’année était le mois de mai, période des essaimages : il m’est arrivé à plusieurs reprises de recevoir un coup de téléphone de Marie-Noël m’annonçant l’essaimage d’une colonie et je rentrais plus tôt pour récupérer l’essaim.

A partir de 2005, ayant opté pour un 4/5ème temps et ensuite devenu indépendant en 2008, j’ai pu augmenter sensiblement le nombre de nos colonies pour arriver à une douzaine de colonies (en hivernage), mais jusqu’à une vingtaine en mai-juin et réparties sur 2 ruchers.

Un ami résidant à Doiceau m’a laissé un petit coin de sa propriété pour établir un second rucher nécessaire pour d’une part répartir les risques environnementaux et ne pas avoir trop de colonies au même endroit et, d’autre part, pour avoir un site à plus de 3 km de Gottechain pour effectuer des déplacements de colonies divisées. NB : une colonie ne peut être déplacée à plus de 50 cm ou doit l’être à plus de 3 km pour que les abeilles reprogramment leur système d’orientation.

Cet intérêt pour l’apiculture n’est pas la production de miel, mais d’abord la préservation de notre environnement et la défense des abeilles comme pollinisateurs.

Depuis 2008, je me suis investi bénévolement dans notre section locale (Wavre et environs) où j’ai développé un rucher associatif pour la production de colonies. A Doiceau, le site de mon second rucher héberge également un rucher de notre section (10 ruches) pour la multiplication de colonies.

Notre section locale compte une soixantaine d’apiculteurs dans un rayon de 15 à 20 km.

Entre 2012 et 2015, j’ai été invité à rejoindre le conseil d’administration du CARI (Centre Apicole de Recherche et d’Information) à Louvain-la-Neuve qui a notamment organisé le premier congrès européen d’apiculture. En suivant activement des programmes de recherche européens, j’ai eu l’occasion de rencontrer les grandes pointures de l’apiculture européenne à la Commission européenne ou à l’étranger (Avignon, Lucques en Toscane,…) et ce fut passionnant. Régulièrement, j’assiste encore à des conférences internationales ou à des congrès européens dédiés à l’apiculture.

En Belgique, il existe environs 8.400 apiculteurs dont +/- 4.200 en Région Flamande, +/- 3.800 en Région Wallonne et +/-400 en Région Bruxelloise. En Région Wallonne, ces 3.800 apiculteurs sont répartis en +/- 80 sections locales regroupées en 6 fédérations. Mais jusqu’à présent aucune structure ne rassemble ces 6 fédérations qui ne sont donc pas bien représentées au niveau de l’administration régionale.

La section locale m’a demandé de la représenter à la fédération du Brabant Wallon où j’ai accepté le rôle de vice-président en charge des programmes wallons et européens pour l’apiculture et de siéger au comité stratégique au niveau de la Région Wallonne.

Récemment, j’ai été invité au comité de l’Union des fédérations des apiculteurs de Wallonie. Un des buts de ce travail bénévole est d’essayer de rassembler toutes les fédérations apicoles wallonnes et de créer une association wallonne de l’apiculture. En ce début d’année 2019, nous sommes parvenus à fusionner diverses revues apicoles (de diverses fédérations) pour en créer une commune («Apiculture en Wallonie») dont le premier numéro est sorti en avril 2019. Dans le cadre de la gestion de cette revue, j’ai accepté de collaborer au nouveau comité rédactionnel.

En 2018, j’ai également été invité au comité de suivi d’AristaBee Research Belgium qui, depuis 10 ans, regroupe des apiculteurs sélectionnant des lignées d’abeilles résistantes à «varroa destructor»: voir 'La conduite de nos colonies d’abeilles en Brabant Wallon'.

Au niveau local, nous n’avons pas de rucher-école mais organisons un système de compagnonnage. Je collabore au coaching d’apiculteurs novices en même temps que la gestion du rucher de la section. Chaque année, j’accepte de suivre 3 ou 4 nouveaux apiculteurs pendant 2 ou 3 ans.

Dans ce cadre-là (et en-dehors de notre section), j’ai des contacts épisodiques avec Olivia De Stoop (fille de Benoît d’Ydewalle, passionnée d’apithérapie et jeune apicultrice ainsi qu’avec Sophie (sa sœur) et Mathieu Speeckaert qui se sont également lancés dans la conduite de ruches à Villers-la-Ville.

Pour la «newsletter» hebdomadaire (internet) de notre section (gratuite pour quiconque en fait la demande sur wwww.srawe.be), je rédige une petite «Note d’Oncle Max» (de mars à octobre) à l’intention de ceux qui se lancent en apiculture. Depuis 3 ans, j’ai mis sur pied avec 2 collaborateurs un rucher (10 colonies) dit «rucher tampon» dont le but est de produire des colonies pour ceux qui ont subi de fortes pertes ou pour les novices qui cherchent une colonie. Les ruches (vides) ont été financées dans le cadre d’un projet de la Région Wallonne et nous sommes censés développer en autofinancement ce projet de multiplication de colonies. Cela permet de proposer des colonies d’abeilles locales à prix coûtant afin d’empêcher des importations d’abeilles de l’étranger qui ne sont pas adaptées à nos écosystèmes et, de plus, qui risquent de nous apporter des maladies.

Au point de vue recherche appliquée, en 2014-2015, j’ai collaboré à un projet européen (réparti dans 5 pays) sur l’étude des vibrations dans les ruches: il devait nous permettre d’identifier des signaux avertissant un prochain essaimage….comme les sismologues qui essaient de déterminer le moment d’éruption d’un volcan. En 2018, j’ai également accepté de participer avec mes colonies au projet PolBee dirigé par le CRA-W (centre de recherche agricole de Wallonie) et l’Université de Gand. Ce projet a organisé un protocole de récolte systématique de pollens d’abeilles domestiques et d’abeilles sauvages (osmies) afin de pouvoir déterminer l’impact environnemental (pollutions agricoles ou autres) sur les abeilles. Cette étude devrait permettre de mieux évaluer l’impact environnemental sur les pollinisateurs : les résultats sont attendus pour fin 2019 suite aux nombreux échantillons à analyser (chacun des 80 participants wallons et flamands prélevant 3 à 4 fois trois échantillons sur 2 de leurs colonies).

Conclusion
C
e hobby passionnant nous fait redécouvrir notre environnement avec un regard différent et nous oblige à nous remettre en question aussi bien dans nos pratiques de gestion de nos jardins, vergers, prairies ou bois. Régulièrement de nouvelles découvertes remettent aussi en question notre manière de conduire nos colonies. Avec les changements climatiques, nous devons impérativement nous adapter.

Le plaisir d’avoir chaque année de nouvelles «cuvées» de miel de printemps et d’été dont la famille (surtout les petits-enfants) et les voisins profitent est un incitant tout autant que le fait de contribuer à la préservation des pollinisateurs pour notre environnement.

Aux personnes inquiètes de voir autant de ruches dans notre jardin (8 ou 9 fois 60.000 abeilles), je les rassure en disant qu’elles peuvent circuler sans danger pour autant qu’on ne crie pas à côté des ruches ni qu’on ne passe pas devant les planches d’envol.

Maximilien de Nève de Roden

-> Sommaire du Bulletin n°30