A la suite d'un précédent article consacré à Dom Jean-Baptiste (Antoine) de Meester, nous reproduisons ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’éditeur, l’In Memoriam publié en 1978 dans le Bulletin de l’ANRB.

 05 AdM Jeune moine RNé à Saint-André le 1er mai 1906, celui qui devait être un grand moine et un grand missionnaire — à la fin de sa vie une remarquable figure érémitique — Antoine de Meester apparte­nait à une famille de grande tradition catholique. Son père sié­gea à la Chambre et au Sénat.
Sa mère, née Marie Thérèse van Outryve d'Ydewalle s'était passionnément intéressée à la création de l'Abbaye bénédictine de Saint-André. Il y avait fait sa première communion le 11 août 1913, il y fit ses études à l'école abbatiale et il y suivit son frère, dom Emmanuel de Meester, devenu moine avant lui. Tant du côté paternel que maternel, il avait parmi ses oncles de grands moines bénédictins. Profès en 1927, il fut ordonné prê­tre le 25 juillet 1931 par le Cardinal van Roey.

Sa culture était immense; l'école abbatiale lui avait confié la classe de Poésie et ses élèves étaient passionnés de l'entendre. Ils l'appelaient familièrement « le Tiste ». Tous les problèmes d'éducation et de formation de la jeunesse retenaient son attention.

Lorsque l'Association de la Noblesse fut constituée en 1936, il participa aux efforts de la Commission d'Orientation et organisa notamment à l'Abbaye de Saint-André un colloque sur l'aristocratie. Pour reprendre sa propre définition, rappelée par l'Abbé de Saint-André dans son homélie à ses funérailles : « La vraie noblesse est absolu dévouement à une cause, mais par un trop plein de personnalité humaine».
Pendant toute la période d'avant 1940, le Père Jean Baptiste de Meester se consacra essentiellement à sa tâche d'éducateur; il voyageait constamment avec ses élèves, notamment aux sour­ces du classicisme en Grèce et même au Mont Athos.

Par un curieux contraste de la vie monastique, ce moine si prodigieusement doué au plan intellectuel, fut chargé en 1936 et cela pratiquement jusque 1953 des fonctions de cellérier de l'Abbaye. C'était surtout pendant la guerre et pour une com­munauté monastique s'étendant au large, une tâche colossale, supposant un don d'organisation, une connaissance des mar­chés officiels et parallèles et des contacts innombrables avec la résistance à l'occupant. Il cherchait son inspiration dans les Actes des Apôtres et son rayonnement religieux et patriotique était partout brûlant.
Associé à diverses reprises aux organisations de camps de l'Association pour les jeunes, il y apportait à la fois son idéal, sa gaieté et son humour. Il y exerçait une profonde et saine influence.

Au moment où son frère, Dom Emmanuel de Meester partit pour l'Inde en 1951, y fonder le monastère d'Assirvanam, Dom Jean Baptiste exprima le souhait de devenir ermite comme le Père de Foucauld. Mais un passage de Monseigneur de Hemptinne survint en 1953 et il fut happé par ce grand évêque pour son diocèse du Katanga. Ainsi s'ouvrit une autre grande période de sa vie.
D'abord associé à la pastorale des paroisses d'Elisabethville, ensuite supérieur de la mission de Kapolowe, enfin de 1959 à 1961, curé de Notre Dame du Kenya, il aspirait en fait à plus de solitude. C'est dans un poste de brousse à Lukafu qu'il passa les dernières années de sa vie (1961-1977). Seul avec une petite communauté africaine, il vivait un apostolat d'authenticité africaine. Il disait la messe en latin ou en Kisanga, entouré de pauvres paysans auxquels il ouvrait les portes éternelles.
C'est là que la maladie le surprit. Ramené à Saint-André, il passa les derniers mois de sa vie à l'hôpital Saint-Jean de Bru­ges où la mort vint le prendre le 17 janvier 1978.

Moine, missionnaire, solitaire, il laisse une empreinte pro­fonde sur bien des âmes.
Sur la doctrine de l'aristocratie il avait beaucoup réfléchi et sa pensée vit toujours parmi ceux qui l'entendaient.
Pour la noblesse belge, il restera un grand modèle de généro­sité, de désintéressement et d'amour de l'Absolu.

Baron SNOY et d'OPPUERS