Axel de Meeûs et son épouse Ysaure (née d’Ydewalle) sont de retour en Belgique, après un parcours de vingt ans dans divers pays d’Amérique Latine. Axel nous dévoile quelques épisodes de cet audacieux périple familial.

VISU7GL'objectif de ce document est de partager avec la famille, nos expériences en Amérique Latine. Il est évidemment très difficile de résumer presque un quart de siècle en quelques pages mais pour le moins, vous aurez une brève idée de ce qu'a été notre vie là-bas.

Les 23 années que nous avons passées en Amérique Latine furent absolument merveilleuses car nous avons vécu tous les jours quelque chose de nouveau, quelque chose que nous ne connaissions pas et du coup nous avons toujours dû nous adapter à un nouveau contexte, aux nouvelles cultures locales et aux nouvelles personnes que nous rencontrions à tout moment. Cela ne veut pas dire que tout fut rose, nous avons aussi dû manger notre pain noir...mais tant mieux car aujourd’hui je crois que nous sommes mieux armés face à une vie de plus en plus changeante et surtout cela nous permet d'avoir une vision du monde plus holistique.

En septembre 94 naissait Jules, il allait à la crèche à Ixelles et Ysaure travaillait comme architecte. Tout indiquait que nous aurions une vie traditionnelle bruxelloise mais octobre 1997 fut un mois à ne pas oublier car nous savions que Jules aurait une petite sœur et que nous allions partir vivre en Argentine. En effet j’avais participé à plusieurs interviews à Buenos Aires et à Mexico pour finalement trouver un job chez Coca-Cola Femsa.

VISU7JNotre départ de Bruxelles en janvier 1998 fut mouvementé mais nous avions hâte de découvrir notre nouvelle vie. Nous arrivâmes à Buenos Aires, en Argentine, sous un soleil de plomb et la sensation fut très gratifiante. Après avoir rassemblé nos innombrables valises à l'aéroport, direction l’hôtel Alvear où nous avons été accueillis par ma mère et notre beau-père Nicky. Nous sommes directement allés prendre le petit déjeuner durant lequel Jules n’a pas trouvé de meilleure idée que de renverser une énorme potiche pleine de sable…et à notre grand étonnement le personnel a trouvé cela fantastique, se mettant à jouer par terre avec lui... « les enfants sont rois » dans ce pays !

On a directement été frappé par l'accueil des Argentins très sympathiques et ouverts, en se promenant dans les grands parcs de Palermo, dessinés par l’architecte Thais. Pratiquement tous les 10 mètres quelqu’un venait toucher le ventre d’Ysaure en admiration par rapport à la future Apolline. On s’est d’ailleurs fait dans ces parcs plusieurs amis que nous voyons encore aujourd’hui.

Il faut dire que l’Argentine vivait un boom économique. Chose qui ne dura pas très longtemps puisqu’en 2001 l’Argentine a connu une dévaluation de 400% en quelques jours : on passa d’un usd équivalent à un peso argentin à 4 pesos ! Fin 2021 soit 20 ans après, un usd vaut 200 pesos, cela montre à quel point l’Argentine a connu et connaît encore d’énormes crises politiques et économiques. 

VISU7 BAprès deux nuits de rêve à l’hôtel Alvear, nous avons habité durant deux mois à l’hôtel Lancaster, petit hôtel très hospitalier avec quelques souvenirs de la présence britannique en Argentine. En effet ce sont eux qui y ont construit les chemins de fer au début du siècle passé à l’époque où l’Argentine était la troisième puissance mondiale...par la suite nous avons loué une maison à Palermo chico, quartier très agréable et très central.

Apolline est arrivée en juin 1998 ainsi que Ramona, la deuxième mère d’Apolline, qui nous suivra durant toute notre épopée en Amérique Latine. Nous vivions sur un petit nuage, les enfants allaient à la crèche et à l’école à 300 m de la maison, nous avions beaucoup d’amis argentins et pratiquement tous les soirs nous faisions des « parillas » (barbecue) sur la terrasse en dégustant cette délicieuse viande argentine. Au bureau je m’amusais comme un fou, m'occupais du marketing, nous avons d'ailleurs été précurseurs dans ce qui est aujourd’hui l’intelligence artificielle, j’avais aussi la chance d’avoir d’excellents chefs !

En 2000 nous avons acheté une maison dans le quartier de Belgrano. Ysaure a activement participé à l'élaboration des plans avec Hector qui est devenu un très grand ami par la suite. Nous l’avons rénovée pendant 6 mois et avons emménagé en mars 2001. Les enfants étaient très épanouis ; nous avions la chance d’avoir une piscine dont nous profitions durant pratiquement toute l’année. Pour comprendre un peu ce que c’est vivre dans un pays comme l’Argentine, voici une anecdote intéressante : pour rénover la maison, j’avais emprunté 100.000 usd (en Argentine l’immobilier est en USD et non en monnaie locale) et lorsque la dévaluation arrive, le pays connaît 5 présidents différents en 5 jours ...Et surtout je me retrouve avec un salaire quatre fois inférieur, bref je suis dans la m....pour rembourser mon prêt. Mais dans ces pays il arrive toujours quelque chose d’imprévu. En effet quelques semaines plus tard le gouvernement argentin prend la décision de "pessifier" tous les prêts égaux ou en dessous de 100 M usd, ce qui veut dire qu’au lieu d’avoir un prêt à rembourser quatre fois supérieur en monnaie locale, je me retrouve avec un prêt qui ne vaut plus qu’un quart de sa valeur à partir du moment où j’arrivais à trouver des usd pour annuler mon prêt auprès de la banque. Dans ces pays tout est souvent compliqué mais surtout, tout est toujours possible !

L'Argentine est un pays immense aux multiples facettes comme Salta dans le nord, la Pampa avec ses étendues à perte de vue, le sud avec ces richesses naturelles. Nous y allions souvent et principalement en Patagonie qui reste aujourd'hui notre endroit de prédilection et de « recueillement » ; Hemingway disait : "la Patagonie n'est pas le plus bel endroit du monde mais bien le plus vibrant". Tout est immense, tout est grand, on s'y sent au bout du monde, ce qui est d'ailleurs le cas.

VISU7DNotre vie était paisible, tranquille et chaleureuse, Apolline et Jules sont d’abord allés dans des écoles locales mais ensuite ils sont passés au Lycée Français entre autres pour améliorer leur niveau de langue française. Jules était déjà un grand fana de foot et Apolline adorait monter à cheval.

Durant tout un temps on se voyait vivre à long terme en Argentine jusqu'au jour où on me demanda d'aller au Brésil où Coca-Cola Femsa avait acheté une nouvelle franchise mais très rapidement j’ai dit à mes chefs que nous ne souhaitions pas bouger…nous étions tellement contents de notre décision ! Mais quatre mois après, le CEO de l'entreprise me demande d'aller au Mexique !  Quelle belle proposition et tellement compliquée à la fois...Finalement et après avoir beaucoup réfléchi avec Ysaure, nous avons accepté mais avec notre cœur brisé, surtout celui de Jules car Apolline n'avait encore que 6 ans !!!

Avec du recul, sans aucun doute nous avons pris la meilleure décision mais les mois qui précédèrent et suivirent notre départ furent très difficiles.

VISU7 CNous avons eu la chance de trouver très rapidement un acheteur pour notre maison et au mois d'Août, Ysaure et les enfants rentraient en Belgique alors que moi je partais au Mexique pour commencer à y travailler. Une nouvelle aventure débutait...

En arrivant j’ai logé pendant deux mois dans un hôtel, situé heureusement près du bureau car le trafic au Mexique est un enfer ; en moyenne les gens passent 4 à 5 heures par jour dans leur voiture car les transports en commun sont très mal desservis.

Nous avons mis beaucoup de temps à trouver une maison à Mexico qui est une immense ville avec plus de 20 millions d'habitants. Tout est différent par rapport à l'Argentine à commencer par les gens qui sont plus froids, le climat et surtout la culture avec une forte influence indienne (origine aztèque, Maya, toltèque et autres civilisations précolombiennes), espagnole et américaine. Finalement on trouva une maison adorable sur un seul niveau de style colonial dans les Lomas de Chapultepec.

Quand Ysaure et les enfants arrivèrent de Belgique, heureusement nous avons pu intégrer directement notre nouveau « chez nous » avec des meubles loués car les nôtres n’étaient pas encore arrivés. L'acclimatation au Mexique fut lente, surtout pour Jules et Ysaure. Pour moi ce fut un peu plus facile car j’y avais vécu 3 ans entre 1984 et 1987 mais je dois reconnaitre que chaque matin en partant au bureau je me demandais si on avait eu raison de quitter l'Argentine ; de plus chaque soir Jules laissait un mot en dessous de notre porte en nous suppliant de rentrer à Buenos Aires...

Heureusement Ramona avait accepté de nous suivre ; c'était vraiment la Boss car elle dirigeait tout de main de maître à un tel point que les gens avaient peur d'elle ; sa fille nous a rejoints quelques mois après.

Cette année-là nous sommes rentrés en Belgique pour passer Noël et par bonheur le retour à Mexico fut meilleur ; petit à petit on s'habituait à notre nouvel environnement, on voyageait beaucoup durant les longs week-ends découvrant de superbes endroits comme Oaxaca, Puebla, Guanajuato, Merida....en général toutes des villes et régions au passé très riche avec souvent un mélange d'histoire précolombienne et coloniale. En plus de cela on adorait la cuisine mexicaine, encore aujourd'hui elle nous manque ! Il faut aussi parler des plages qui sont absolument exceptionnelles que ce soit du côté de l'Atlantique ou du Pacifique sans oublier toute la région des Caraïbes du côté de Cancun qui en soit n'apporte rien, en revanche les alentours sont d'une rare beauté !

Dix-huit mois avant de quitter l'Argentine, Ysaure avait commencé à créer des bijoux de fantaisie qui avaient un succès incroyable, elle continua sa production durant nos 6 années passées au Mexique. La fille de Ramona l'épaulait dans la production qu'elle continuera jusqu'à notre arrivée au Brésil.

Nous avions entre temps acheté un chien, un labrador golden baptisé Diego, avec des rappels de Maradona....décidément il était difficile d'effacer 7 années d'Argentine. Ce chien joua un rôle très positif pour les enfants durant les années qui suivirent, c'était le nouveau Dios Diego.

VISU7KIMG 4210En août 2007 la famille était à Beernem, j’étais resté au Mexique pour travailler, le système laboral mexicain prévoyait en effet peu de vacances, à peine 15 jours ouvrables par an, donc mes jours de congé étaient comptés. Et voici que mon boss m'appelle pour me proposer de devenir CEO de Jugos del Valle, une entreprise de jus de fruits qu'avait acheté Coca-Cola et ses embouteilleurs. Même si notre intention était toujours de revenir en Argentine, je ne pouvais pas refuser une telle opportunité professionnelle. J’ai beaucoup appris durant les deux années qui ont suivi mais malgré tout, la famille pensait toujours au sud....

Quelques mois passent et le chef des RH m'appelle et me dit qu'il y a une position intéressante au Brésil, celle de CEO d'une autre société rachetée par Coca-Cola. Je reviens tout content à la maison pour m'entendre dire que Jules ne voulait plus quitter le Mexique....ce n’est pas vrai, je vis dans un rêve ! Dans le fond Ysaure et moi voulions un changement et dès lors j’accepte cette nouvelle position à la grande "fureur" de Jules qui nous dit qu'il restera au Mexique. Apolline dans tout cela était plus flexible... Bref à partir de novembre je pars au Brésil pour une nouvelle aventure. Les enfants et Ysaure restent encore au Mexique pour une question scolaire et ils me rejoindront en février 2010.

Entre temps je fais quelques allers-retours avec le Mexique et y reviens fin janvier avec l'idée que Jules m'accompagne au Brésil. Hélas au moment de partir Jules s'enfuit à notre grand étonnement, nous ne savions plus quoi faire. Après quelques heures on le retrouve et on accepte qu'il ne revienne pas avec moi et que je reviendrais pour le rechercher...Bref je suis reparti seul au Brésil pour revenir 4 jours après pour partir avec Jules. Dans l'avion Jules était comme fou et je pensais à tout moment qu'il allait sortir de l'avion pour de nouveau s'échapper. Finalement on arrive à Sao Paulo tous les deux sans beaucoup se parler et le surlendemain matin je le conduis au Lycée Français et voilà qu'une heure après on m'appelle de l'école pour me dire que Jules n'était jamais arrivé ! Que faire ? J'envoya une personne du bureau pour le chercher mais pas de Jules nulle part, je devenais fou et ne savais, encore une fois, plus quoi faire, en plus ne pouvais rien dire à Ysaure car c'était l'inquiéter de manière inutile. Vers 19h je décidai de rentrer du bureau à l'hôtel et à ma grande surprise, et surtout à ma grande joie, Jules était dans sa chambre, je n'ai jamais su comment il avait fait car il n'avait pas d'argent et ne parlait pas portugais. Quelle affaire !!!

Auparavant et durant les semaines où j'étais seul à Sao Paulo, je visitais différents quartiers et différentes maisons à louer. Les prix étaient fous, le Brésil vivait le plus grand boum économique de son histoire. Bref je me suis dit qu'il valait mieux acheter. Quelques jours après je visite une maison et appelle Ysaure pour lui dire que j'étais dans notre future maison, 6 mois après je l'achetais. On trouva un super architecte avec qui on fit les plans de rénovation ; Finalement et au dernier moment on prit la décision de la démolir nous disant que ce serait probablement plus facile. Le Brésil est un pays avec une législation compliquée donc il valait mieux se simplifier la vie...tout est relatif bien entendu.

On loua d'abord une maison à Morumbi qui était vraiment sympa mais dans un quartier plutôt dangereux, assez loin de tout, avec un trafic infernal, je ne sais pas si c'est pire ou pas que le Mexique ? On restera deux ans dans cette maison où nous avons été finalement très heureux. Les enfants avaient leur espace à eux et c'est fondamental pour les jeunes ! Entre-temps on achète un deuxième labrador qu'on appellera Jack.

VISU7KQuand je parle de dangereux, il faut savoir que Jules a été braqué trois fois avec un revolver à chaque fois pour lui voler son GSM, heureusement il a toujours gardé son sang-froid.

En 2012 on emménage dans notre nouvelle maison avec une énorme satisfaction, on aura fait les travaux dans un temps record ! Ysaure s'habitue très vite au Brésil, on deviendra membre d'un club de sport exceptionnel, c'était la nouvelle maison d' Ysaure qui nageait tous les jours 3 km, eh oui j’ai une femme sportive.

Jules et Apolline s'habituent aussi très vite au Brésil, il faut dire que les Brésiliens sont les gens les plus cool qui existent, quand tout va mal, tout va bien ! Ils sont tous les deux aussi au Lycée Français.

Le Brésil est le pays de la fête et même quand les choses vont mal, on dit toujours qu'au Brésil rien ne se passe avant le Carnaval. Et c'est vrai, aussi incroyable que cela puisse paraître. Ysaure et moi avons d'ailleurs défilé au Carnaval de Rio, expérience inoubliable tant elle était intense.

Durant notre séjour brésilien, on a eu la chance incroyable de vivre une coupe du monde de football et les jeux olympiques, en plus avec Coca-Cola comme sponsor, on a vécu ces évènements dans des conditions privilégiées.

Le Brésil est un continent, tout est immense et la Nature est à la hauteur de la taille du pays à savoir abondante, luxuriante et superbe. Salvador de Bahia avec sa culture noire, Minas Gerais avec ses villes coloniales, l'Amazonie et toute son immensité et Rio de Janeiro avec sa magie, est selon moi la ville la plus fascinante du monde. Et bien entendu aussi des plages, il y en a partout, le Brésil a plus de 7500 km de côtes toutes plus incroyables les unes que les autres.

Toutes les bonnes choses ont une fin et heureusement car on peut à chaque fois recommencer…Jules a quitté le Brésil en 2015 pour étudier à Barcelone (Espagne) et en 2017 Apolline est partie à Bath (UK), Ils revenaient heureusement souvent tant cette passion pour le Brésil était grande. C'était pour nous aussi le moment de nous recréer, le départ du Brésil en 2018 fut bien douloureux mais l'expérience vécue fut telle que si c'était à refaire, on le referait demain !

Après un nouveau passage de deux ans en Argentine, la pandémie changea notre vie et finalement nous décidâmes de revenir vivre en Belgique en 2020, un nouveau cycle commençait....

Axel de Meeûs

Almahué founder
“Service to others is an instinct of the soul...”