Elisabeth Nève de Mévergnies, petite-fille d’Alain Delvaux de Fenffe (1936-1999) et de Marie van Outryve d’Ydewalle (1940-1994), nous fait vivre quelques moments extraordinaires vécus dans le sillage de Lazare Belgique.

A Lazare, je passe de la théorie à la pratique: j’exerce véritablement l’Amour.

VISU8BNombreuses sont nos expériences personnelles, professionnelles, spirituelles : via le voyage, le scoutisme, la compétition sportive, l’art, les retraites, etc. Mais vivons-nous aussi des véritables expériences humaines, celles qui nous permettent d’Aimer, de rencontrer, d’ouvrir les yeux, de grandir, d’affirmer qui nous sommes vraiment ?

C’est mon cas depuis plus d’un an. J’ai la chance de vivre une expérience humaine particulièrement intense auprès de Lazare Belgique, une colocation solidaire qui rassemble des personnes passées par la rue, en situation précaire, qui ont traversé des galères et des jeunes actifs, avec eux aussi leurs limites et fragilités. Une expérience avec des hauts et des bas où l’on partage une vie ordinaire, où nous sommes simplement invités à vivre une belle vie sereine et joyeuse ensemble: cuisiner et partager des repas ; des moments vaisselles/sorties de poubelles/courses de semaine ; communiquer sur nos tracas, tout cela en chantant et dansant pour que cette sérénité et cette joie permettent à chacun de se sentir bien, à sa place, chez soi, comme à la maison ; de prendre goût à la vie, de gagner confiance, se reconstruire par l’action, et de se concentrer sur soi-même, avec un esprit allégé, pour pouvoir se consacrer à d’autres démarches avec les équipes qui nous entourent. Nous tissons des liens et partageons aussi des soirées, des anniversaires et des sorties où se glissent des moments extraordinaires, dont un summum particulièrement beau il y a quelques semaines.

VISU8GPour fêter les 10 ans de l’association Lazare, nous nous sommes retrouvés avec les maisons de Bruxelles, France, Madrid, Mexique, etc. à 200 personnes à Rome pendant 4 jours.

Une incroyable occasion de faire de belles rencontres avec des personnes de tout horizon, de tout parcours ; de vivre des moments fantastiques (soirée karaoké, soirée sketch, jeux de piste et défis, visite à l’Ambassade de France, etc.), de partager et de s’émerveiller.

S’émerveiller de la capacité de ses colocs à parler d’eux et de leurs histoires, à montrer leurs talents, à s’entraider, à s’écouter, à se respecter avec toutes nos différences.

Durant ces quelques jours, j’ai vu des colocs se relever avec tellement de force alors qu’ils sont parfois si fragiles. Je les ai vu puiser jusqu’au bout d’eux-mêmes pour accomplir quelque chose de plus Grand (ne pas boire pendant plusieurs jours alors qu’ils sont alcooliques, marcher des kilomètres alors qu’ils sont si faibles, se mettre en ordre de papiers d’identité/ d’assurance/ de covid et prendre l’avion alors qu’ils en ont si peur ; aller vers les autres alors qu’ils sont si timides). Tout le monde est sorti de sa zone de confort, a été forcé de faire confiance pour aller plus loin, prouvant encore une fois qu’ensemble nous sommes plus forts.

Et ces efforts ont été bien récompensés par une audience privée pendant 1 heure avec le Pape François.

Voilà une expérience qui transforme des vies

VISU8ADe mon point de vue, mon expérience à Rome m’a permis de mettre des mots sur ce que l’on vit au jour le jour. Lazare me permet vraiment de passer de la théorie à la pratique et d’exercer véritablement : l’amour, le partage, le don, l’entraide, la fraternité, la rencontre, la découverte, l’émerveillement, la joie, la reconnaissance, le pardon, l’humilité, la bienveillance, l’authenticité, l’écoute, le respect, la dignité, l’équité, l’accueil, l’ouverture, la patience, la fidélité, la confiance, l’espérance.

J'ai le plaisir de vous partager d’autres témoignages, avec autant de mots remplis de poids et de sens, repris ci-dessous.

Le Pape François nous a invités à ouvrir nos portes.

Alors que nous sommes parfois orgueilleux à attendre que la porte s’ouvre toute seule sans y frapper, ou alors que nous restons parfois cachés parce que nous avons peur que la porte ne s'ouvre pas pour nous et se ferme sur notre nez/ que derrière nous ne serons pas bien reçus, pas bien acceptés/ que le monde de dernière ne soit pas comme on l’attend, le Pape François nous invite à avoir le courage et l’humilité d’ouvrir la porte et d’aller vers soi-même (s’accepter avec nos fragilités et nos doutes) et, parce qu’on nous a ouvert la porte un jour, il nous invite à aussi garder cette porte ouverte pour l’autre ensuite, pour l’accueillir et pour lui faire une place qui nous fera grandir, sortir de notre zone de confort et non pas de verrouiller nos portes et nos cœurs.

VISU8FLe Pape François a rajouté :

« Dans un environnement parsemé d’indifférence, d’individualisme, d’égoïsme, à Lazare, vous nous faites comprendre que les valeurs d’une vie authentique se trouvent dans l’accueil des différences, le respect de la dignité humaine, l’écoute, l’attention à l’autre et le service des plus humbles. »

« Lazare est une petite chose, avec peu de maisons, en face de tant de besoins. Mais le levain est aussi une petite chose et il est pourtant capable de se multiplier. La graine est aussi une petite chose et elle est pourtant capable de faire pousser un grand arbre. La pire chose qui puisse arriver à « Lazaro », c'est d'oublier qu'il est petit, car s'il grandit à cause du pouvoir, de l'orgueil et de la complaisance, la masse d’arbres ne grandira pas, à cause de son ombre sur les autres. »

« Même si le monde pose sur vous un regard méprisant, vous avez du prix. » « Dans la société, vous pouvez vous sentir isolés, rejetés mais ne baissez pas les bras, allez de l’avant, en cultivant dans le cœur l’espérance d’une joie contagieuse. »

VISU8CLors de notre échange avec le Pape, nous sommes passés des rires aux larmes. Voici quelques extraits :

« La rue, c’est fait pour personne mais tout le monde peut y tomber. »

« Il n’est jamais trop tard pour réussir sa vie et apprendre à Aimer. »

« Je suis arrivée en tant qu’accueillie et maintenant j’accueille les autres ». « Ils me font confiance alors je peux aussi me faire confiance et je peux faire confiance aux autres. » « J’aime mes colocs telles qu’elles sont et elles m’aiment telle que je suis. » « En apprenant des autres, j’apprends aussi sur moi. »

« Nous veillons l'un sur l'autre. C’est une expérience de « don réciproque », dans la simplicité. C'est surtout une amitié qui se construit dans la réciprocité, et dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre à l'autre et de l'autre. On est souvent touchés par nos propres limites, nos propres faiblesses, mais ce n'est pas un point final ou un échec. Au contraire, c'est à partir du moment où l'on accepte notre petitesse que l'on peut devenir pleinement nous-mêmes, et que tout peut commencer ».

« Nous avons la chance de découvrir la richesse de chaque personne qui vient vivre ici. Nous sommes impressionnés par l’évolution de chacun pendant leur temps à Lazare : l’humilité pour demander de l’aide, le combat pour se libérer d’addictions, la ténacité pour trouver un travail, le souhait de reprendre contact avec une famille éloignée, la volonté de se dépasser et de se remettre en question pour aller toujours plus à la rencontre de l’autre ».

« Lazare c’est un chemin de résurrection pour des vies brisées. » « Tous ont trouvé un frère, qui les encourage dans leur chemin de reconstruction, de réparation de vies souvent blessées, marquées par des descentes aux enfers, mais aussi par des grandes et petites résurrections, grâce à un simple regard, une main tendue, une écoute. » « La joie, l’amour, la fraternité ne sont pas des expressions galvaudées pour les membres de l'association. Ces colocations ne sont pas un long fleuve tranquille, mais les inévitables conflits donnent surtout des occasions d’apprendre à demander pardon. » « Leurs petites résurrections témoignent de l’efficacité d’un amour vécu concrètement, dans les petits gestes du quotidien. »

Et sur le plan spirituel :

VISU8H« Quand j’étais SDF, j’avais fait la manche et quelqu’un qui portait une croix m’avait craché dessus. Je m’étais dit que les chrétiens étaient tous pareils ». « Je n’osais pas rentrer dans une Eglise. Les Églises c’est fait pour les riches. C’est rempli de beaux et riches objets d’art et seulement les riches y entrent. Je ne m’y sentais pas le bienvenu. Puis, j’ai découvert Lazare et repris Foi. »

« Pour moi l’Église, c’est Lazare. Et il n’y a peut-être pas assez de Lazare dans l’Église. »

« À Lazare, j’ai vu ce qu’est l’amour ». « J’ai trouvé la lumière, beaucoup de lumière. Et on m’a enfin regardée dans les yeux !» « J’ai découvert un autre visage de Dieu : celui qui se fait proche de nous, du tout petit ».

« Mais faut pas pleurer ! Le Pape, c’est la joie !» « Le pape, c’est la simplicité incarnée. Je suis sûre que même si tu viens pieds nus et en caleçon, il t’accepte. »

« François, c’est le Pape de toutes les religions. » « Pour moi qui suis musulman, l’Église catholique est la seule religion qui m’a ouvert les bras. Et je remercie l’Église pour ce geste ». Le Pape lui a alors répondu « C’est toi qu’on remercie d’être venu vers nous. »

« On m’a désigné ce matin pour introduire la rencontre… Moi qui ne suis même pas un bon croyant ». « Vous imaginez la promotion ! ».

Elisabeth Nève de Mévergnies