"Proficiat" pour votre si dynamique communication

Chers Cousins,

3LD3Merci - une fois de plus - pour cette belle publication riche en souvenirs, notices généalogiques, projets d'avenir et riche iconographie!
L'article sur mon grand-oncle Jean de Meester (qui m'a baptisé... et marié!) est à la fois sobre et très émouvant.
De l'oncle Jean, je me souviens surtout de son regard profond, perçant, humble... quand les volutes de fumées de sa pipe le laissaient entrevoir!

VISU13B BnitierCi-joint (confer visuel ci-dessous) une photo du bénitier qu'il me donna jadis et qu'il avait reçu de sa Grand-Mère de Meester / Coussemaker pour sa première communion.
Je possède aussi le portrait de Jean Godefroid, seigneur d'Aumont, ascendant Aronio - donc de beaucoup de d'Ydewalle - repris par ma mère à la succession de Ramsdonck.

Petite idée pour votre si dynamique association: je préside une Fondation privée ayant entre autres pour finalité de rassembler et inventorier archives, iconographie et documents scannés de ma famille (Drion donc) .
Nous avons (modestement) créé un espace disque (Google Drive), accessible aux sympathisants, et regroupant tous les documents, photos, scans, portraits recueillis suite à une campagne de mails auprès de contacts intra-et extra familiaux.
Une sorte de "bibliothèque" virtuelle, à dispo de tous ceux qui seraient intéressés.

Ceci en attendant la création d'un site exhaustif... qui dépendra de l'implication de forces vives....

Bien cordialement, et "proficiat" pour votre si dynamique communication,

 

Jean-François Drion du Chapois

(Fils Andrée de Meester, fille Léopold de Meester / van de Werve, fils Emmanuel de Meester / d'Ydewalle)

« Regrets, et encouragements pour garder un esprit d’ouverture »

Notre cousine Marie-Thérèse Kervyn (née Monjoie) et son mari José Kervyn (1939-2018) nous avaient gratifié en 2009 d’un reportage richement documenté qui retraçait l’histoire des différentes générations de la famille de Vrière au château de Bloemendaele (1).

Marie-Thérèse nous a adressé un courrier visant deux articles parus plus récemment dans notre Bulletin, l’un consacré aux « meurtres de Beernem » et l’autre au climat délétère entourant le décès d’Etienne de Vrière (2). Elle regrette certaines erreurs (3) ou formulations maladroites qui pourraient relancer inutilement des propos malveillants.

1LDX«  A l’époque José et moi avons rédigé pour le Bulletin familial n°22 (juin 2009) une évocation du Château de Bloemendaele avec l’aide de nombreux membres des deux branches de nos familles: van Outryve d’Ydewalle (Marie de Vrière et son époux André d’Ydewalle et Agnès de Vrière et son époux Pierre Kervyn).
Ils se sont spontanément intéressés à notre projet et ont prêté des tableaux et photos, ainsi que quelques objets et souvenirs religieux.

Nous avons été heureux de cette sympathique collaboration et vous remercions, cher Bertil et cher Hugues, du bel esprit du Bulletin qui renforce les liens entre nous tous, symbolisé il est vrai par le mariage de mon beau-père Jean Kervyn de Marcke ten Driessche avec ma belle-mère Cécile van Outryve d’Ydewalle.

C’est à mon beau-père, avocat et ancien échevin de Bruges, que nous devons la vérité concernant « l’assassinat » (4).

Dans les deux articles contestés parus dans le Bulletin familial (2) il est très important de situer les termes « assassinat » et « malédiction » dans leur époque, à savoir la tragique guerre 1914-18 et ses conséquences dramatiques sur le plan humain : blessés, morts, invalides, familles restées au pays ou parties se réfugier, tant de drames et de souffrances.

Mettre en valeur aujourd’hui les dernières paroles d’un aïeul délirant dans un Bulletin familial, est-ce décent ?
A la veille d’un décès les tensions familiales sont parfois très vives pour l’héritage.

Depuis sa fondation, le Bulletin maintient une belle tradition de partage des événements familiaux.
Il me semble surtout important de donner la parole aux jeunes qui vivent dans un monde qui évolue à une vitesse qu’il est difficile de contrôler. Ils sont les acteurs de demain.

Avec mes encouragements pour garder un esprit d’ouverture, et ma reconnaissance.

P.S. Historienne de formation - Facultés universitaires St. Louis et licenciée (agrégée) Univ. de Liège - mon souci est de comprendre le présent, l’actualité en référence au passé, dans un esprit d’ouverture aux faits historiques et à l’évolution sociale.

Marie-Thérèse Kervyn (Monjoie)

Note de la rédaction
Nous voulons souligner qu’avec la publication de ces articles dans notre Bulletin nous n’avons jamais eu l’intention d’offenser ou de raviver des rancœurs intrafamiliales.
Si tel fût le cas, nous nous en excusons.

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(1) Bulletin n°22 – « Bloemendaele » par José et Marie-Thérèse Kervyn.

(2) Bulletins n°32 ‘Meurtres de Beernem’ et n°33 ‘Agnès, je te maudis toi et tes enfants jusqu’à la troisième génération’.

(3) Erratum dans l’article du Bulletin n°33 : le tableau de Zélie Ardrighetti n’appartenait pas à José Kervyn.

(4) Marie-Thérèse évoque les cinq meurtres de Beernem, pour partie non-élucidés.

Interview

Cher Bertil, tu es Président de notre association familiale, mais également président de l’ASBL Vrienden Musea Brugge/Amis des Musées de Bruges.
Tu as récemment démissionné de ce mandat. Pour quelle raison ?

Je suis devenu président des Amis en 2003, donc à peine un an après que Bruges fût désignée capitale européenne de la culture. Après 18 ans de présidence, j’ai senti que le temps était venu pour un vent nouveau, pour une nouvelle équipe rajeunie au sein des Amis. Je souhaitais personnellement relever d’autres défis.
Ces 18 années chez les Amis ont été un véritable enrichissement pour Sylvia et moi, sur le plan culturel.

Je dois admettre qu’en 2003, au niveau culturel, je n’étais certainement pas top, loin de là. Comme c’est souvent le cas, on est absorbé par la vie quotidienne, par la vie d’un jeune couple, mais également par des défis professionnels, à tel point que l’expérience culturelle se situe quelque peu en arrière-plan.
Pour illustrer cela, et vraiment entre nous et à titre confidentiel car je n’en suis nullement fier, lorsque nous avons vécu pendant quatre ans à Madrid en tant qu’expatriés, ce n’est qu’au courant de notre dernier mois que nous avons visité le musée du Prado, un « must do » lors de chaque city trip à Madrid. Et, comme summum, ce fut un étranger qui nous y a guidé.

Peux-tu nous résumer les objectifs des Amis des Musées de Bruges ?
Les principaux objectifs sont de contribuer au développement culturel de ses membres, mais aussi d’aider les Musées de Bruges à enrichir leur vaste collection d’œuvres d’art.

Dans quelle mesure penses-tu que ces objectifs ont été atteints ?
Cela n’aurait pas beaucoup de sens d’énumérer ici tout ce qui a pu être réalisé. Je suis en tous cas certain que les quelques quinze activités annuelles, les conférences et excursions culturelles, mais aussi les publications trimestrielles ont contribué à la réalisation de ces objectifs.

La meilleure preuve du fait que les membres aient apprécié ce que nous avons entrepris se vérifie au niveau de l’évolution des cotisations : de 1200 membres en 2002, nous sommes passés à plus de 1800. Un programme d’activités sans intérêt pour nos membres, voire une mauvaise gestion, n’auraient jamais permis d’atteindre une telle augmentation du nombre de cotisants.

VISU12Il y a quelques années, Monsieur Iñigo Mendez de Vigo, jusqu’il y a peu ministre de la Culture en Espagne mais également Président du Collège d’Europe, m’accompagnait au Musée Groeninge à Bruges. En rigolant, je lui ai dit que les Amis des Musées du Prado devraient être jaloux du nombre de membres des Amis des Musées de Bruges. « Tu te moques de moi » me disait-il « les Amis des Musées du Prado ont plus de 35.000 membres, vous n’en avez que 1.800 ». A moi à rétorquer : « Madrid a plus de 3 millions d’habitants, Bruges n’en a que 120.000». Même lui, le fier espagnol, m’a donné raison.

Ci-dessus: Nico Blontrock (échevin Bruges), Bertil et Iñigo Mendez de Vigo sous l’œil bienveillant de Margareta van Eyck


Comment aidez-vous le Musée à enrichir sa vaste collection d’œuvres d’art ?
Les Amis ont lancé des campagnes de financement participatif (« crowdfunding »), ainsi que des appels aux dons et au mécénat (sponsoring) d’entreprises.  Nous avons pu ainsi contribuer de façon significative à l’enrichissement des collections des musées brugeois, notamment en finançant soit la restauration soit même l’acquisition d’œuvres d’art.

Ces réalisations furent à porter au crédit d’une belle équipe à l’intérieur du conseil d’administration.  Et n’oublions pas ma belle-sœur Françoise, responsable d’un groupe d’environ quarante bénévoles enthousiastes, ainsi que mon épouse Sylvia qui s’occupait de nos sponsors et membres VIPs.

Y a-t-il des activités dont tu te souviens en particulier ?
Oups, c’est une question difficile. Il y en a eu tellement !
Je pourrais citer ici de nombreuses conférences intéressantes.
Ce dont on a beaucoup parlé, également dans la presse, ce fut notre campagne « Toon je Gruut Hart » (voir d’ailleurs l’article paru dans notre bulletin familial n° 26 de 2017).

L’oratoire des seigneurs de Gruuthuse, datant de la fin du 15ème siècle relie le palais de Gruuthuse avec l’église de Notre Dame. L’intérieur est encore à 100% authentique. Une vraie perle. Ce fut à partir de cet oratoire que les seigneurs pouvaient assister en direct à la messe en l’église de Notre Dame. Peu de lieux de dévotion privés de ce type ont survécu aux aléas des siècles suivants.

VISU12 7Cet oratoire devait être restauré de façon urgente, ce qui nécessitait un budget de plus de 70.000 euros.
Les Amis ont ouvert pour ce projet un compte auprès de la Fondation Roi Baudouin. Cela permettait de rendre les dons fiscalement déductibles. Nous avons réussi à mobiliser un bon nombre de donateurs, mais également à vendre plus de 5000 bouteilles de 75 cl de bière « Lodewijk van Gruuthuse » spécialement brassées pour cette belle cause.  En y ajoutant la recette du sponsoring et le soutien de la Loterie Nationale, nous avons collecté au total plus de 77.000 euros. Un montant qui dépassait largement nos attentes initiales !

VISU12 6En plus des nombreuses conférences, les Amis ont également organisé quelques courtes visites à l’étranger. Je pense à la grande exposition Suvée à Tours (2017).
Est-ce une coïncidence ou est-ce lié à nos années vécues à Madrid, je me souviens surtout des trois visites que les Amis des Musées ont organisé à Madrid.

La première eut lieu en 2005 à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Portraits de Memling » au musée Thyssen Bornemisza. La baronne Thyssen Bornemisza – qui avait été élue Miss Espagne quelques décennies plus tôt – fût notre hôte. Les tabloïds espagnols [Citeer hier uw bron.] se fixaient bien plus sur elle que sur les portraits de Memling (ou même sur Sylvia ou moi).
Mais grâce à elle son musée s’est ouvert un lundi après-midi de façon exclusive pour Sylvia et moi-même. Il faut savoir que la plupart des musées du monde sont fermés le lundi.

Nous avons eu le privilège de bénéficier au surplus de deux visites au musée du Prado, chaque fois en « private view », c’est-à-dire sans autre public.

Le directeur des musées de Bruges de l’époque, qui était par ailleurs expert de Bruegel, avait authentifié un tableau de Bruegel dans le sud de l’Espagne. En guise de remerciement, ce tableau a spécialement été exposé pour nous.

Nous avons également été accueillis avec beaucoup d’égards lors de la grande exposition Bosch qui se tint également au Prado. Il est vrai que les musées de Bruges avaient prêté à cette occasion, leur tableau de Bosch (« le Jugement dernier »).
Pour la petite histoire, ce Bosch avait été donné aux musées de Bruges par les Amis des Musées, au début du 20ème siècle.

VISU12 5Ce dont je suis également très heureux et fier, c’est que ma belle-sœur Françoise et moi-même avons pu contribuer au « retour à Bruges » du tableau d’Augustin van Outryve.

Ce tableau de la main de Suvée étant reconnu comme « Topstuk Vlaanderen » a pu être restauré et est actuellement à admirer au musée Groeninge.

As-tu une dernière anecdote à nous livrer pour clôturer cet interview ?
Il y a quelques années, une famille brugeoise me contacte. Ils avaient chez eux une peinture du 17ème siècle, un portrait de Francisco de Aranda. Ils souhaitaient faire don de ce tableau aux musées.

Après analyse, ce portrait s’est avéré être peint par Jacob van Oost (1603-1671), parfois aussi appelé le ‘Rubens de Bruges’. Ce tableau qui avait longtemps séjourné au-dessus d’une cheminée nécessitait une sérieuse restauration. Nous avons donc ouvert un compte auprès de la Fondation Roi Baudouin pour rendre les dons fiscalement déductibles, et lancé une campagne de crowdfunding.

VISU12 4Encore fallait-il situer ce tableau dans son contexte. On a donc été à la recherche de qui était cet homme si richement habillé. En toute honnêteté, la famille Aranda ne me disait rien.

Francisco/François de Aranda appartenait à une vieille famille noble de Castille. À la fin du 15ème siècle, ils s’installèrent à Bruges. La famille s’est y très vite pleinement intégrée. Les alliances intéressées les ont aidés à construire rapidement un réseau très influent. Non seulement à Bruges mais bien au-delà. Grâce à leurs activités commerciales, ils purent accumuler un patrimoine immense, (pour en savoir plus, voir https://issuu.com/museabrugge/docs/mbm_2018_nr_4 )

En pleine campagne de crowdfunding, on me signale qu’un tableau sur panneau de bois représentant François de Aranda sera mis en vente dans une maison de vente aux enchères.

VISU12 3Ne serait-ce que pour des raisons sentimentales et compte tenu des nombreuses recherches que nous avions consacrées à ce François, j’ai bien sûr voulu acheter ce tableau. Personnellement et pour moi-même.

Nous imaginions être probablement les seuls à vouloir acheter ce portrait d’un noble inconnu, et espérions donc acheter cette œuvre pour un prix raisonnable.
Mais il y avait un autre candidat acheteur. Même si vous êtes emporté par l’enthousiasme du moment lors d’une vente aux enchères, il est sage de se fixer des limites. Ce que nous avons fait.

A la fin de la vente aux enchères, nous sommes allés voir l’acheteur qui avait emporté l’adjudication et lui avons demandé pourquoi il était intéressé par ce portrait. En réalité il aimait le panneau sans plus… De notre part nous lui avons raconté notre histoire et expliqué notre motivation.

« Deus ex machina », le lendemain, l’acheteur me téléphone en m’annonçant que, suite à notre conversation de la veille, il désirait renoncer à son achat. Nous pouvions reprendre le tableau au prix que nous avions offert ; ce que nous avons fait.

VISU12 2L’histoire ne s’arrête pas là. Nous constatons qu’au dos du panneau de bois dont nous devenons propriétaire figurent deux mains, qui sont une marque de fabrique caractéristique des maîtres d’art anversois du 17ème siècle.
Il est donc tout à fait possible que notre tableau – certes gravement endommagé – ait été peint par un maître anversois. Par Van Dijck? Notre François pouvait se le permettre. Mais ne rêvons pas trop.

Et pour rendre l’histoire encore plus invraisemblable : quelques jours plus tard je contacte la maison de vente pour savoir qui était le vendeur d’origine. Ce dernier m’a ensuite contacté. Il s’agissait d’un de mes bons amis. Il a d’ailleurs ensuite fait un don généreux aux Amis des Musées pour la restauration de l’autre Aranda, peint par Jacob van Oost.

 

Bertil d'Ydewalle

Portrait dans Le Soir

Le Soir du 17 août a publié un sympathique portrait de notre cousine Sixtine, rédigé par Charlotte Hubin.

VISU11 Sixtine dYdewalle HD

Aspirante FNRS, Sixtine travaille sur la démocratie directe communaliste aux côtés d’Olivier De Schutter.
Cette militante dans l’âme refuse d’opposer rigueur scientifique et engagement politique. A 28 ans, elle possède déjà un parcours impressionnant. 

Place Montesquieu, Louvain-la-Neuve. Derrière la froideur des murs de la cité louvaniste, Sixtine van Outryve d’Ydewalle – de son nom complet – nous attend tout sourire. Au deuxième étage, son bureau est à son image : haut en couleur et en revendications. Les murs sont repeints d’affiches aux slogans politiques : « Le capitalisme détruit la planète », « Contre la justice hypocrite et raciste ». Les bibliothèques remplies à craquer d’ouvrages sur le droit, la philosophie, et la démocratie directe communaliste (le sujet de sa thèse dont elle devra nous rappeler à plusieurs reprises le terme exact).

A 28 ans, la jeune femme a déjà un parcours impressionnant. Née à Bruxelles 1000, Molenbeekoise d’adoption, elle place l’engagement social et citoyen au centre de ses priorités, et ce, depuis sa plus tendre enfance. A l’âge de huit ans, elle décrétera – dixit sa mère – qu’elle refuse de manger des animaux, ne supportant plus de leur faire du mal. « J’avais de la peine lorsque je mangeais de la viande. Mes parents ont pris un peu de temps à l’accepter mais ils ont été très compréhensifs. » Durant ses vacances scolaires, Sixtine travaille comme bénévole auprès de jeunes handicapés.

Son père, photographe diplômé en philosophie, lui donne le goût de « l’amour de la sagesse » en héritage. « Il me faisait parfois écouter des philosophes dans la voiture », se remémore Sixtine avec tendresse. « A 15 ans, lors d’un cours de religion, je me souviens que l’on avait vu Karl Jaspers. On parlait de l’homme dans une société qui n’a plus de sens, qui est la société capitaliste, et ça m’a énormément parlé. J’étais dans une quête de sens et j’avais envie d’aller vers les auteurs qui donnaient des outils pour amener ce sens. »

A la fin de ses études secondaires, c’est tout logiquement qu’elle envisage de s’inscrire en philosophie. « Mes parents m’ont alors gentiment dit que ce serait compliqué de trouver un boulot », indique-t-elle sans aucun remords. « Ils n’avaient peut-être pas tout à fait tort… »

Pas question de flancher pour autant. Ni une ni deux, elle entame un double cursus en philosophie et droit. Dans la première, elle trouve son épanouissement intellectuel. Le second lui donne de la structure et le domaine d’application. « Je voulais faire quelque chose qui change le monde ou du moins avoir un impact sur la société. Alors oui, ce n’était pas évident de combiner les deux en même temps. J’avais des années à 100 crédits. »

Curieuse de tout

A la même époque, elle s’engage au Kap-vert, un kot à projets qui a pour but de sensibiliser les étudiants à l’écologie. « J’ai été politisée sur le tard », estime-t-elle. « Ma politisation a commencé par la cause écologique, toutes les luttes contre le TTIP, le Ceta, et les traités de libre-échange. » Insatiable, elle participe à la MUN society, une simulation des Nations unies, et deviendra en 2020 administratrice à la Ligue des droits de l’homme. Elle s’intéresse également aux violences policières, aux droits des femmes. « C’est un peu un engrenage. Une fois que l’on met le doigt sur une injustice, on en découvre d’autres et on ne peut plus s’arrêter de lutter contre. »

Dans la famille Van Outryve d’Ydewalle, l’engagement politique coule dans les veines. Son père, Gauthier d’Ydewalle, est un ancien élu communal CDH. Sa mère, Pascale Govers, est fonctionnaire européenne. « Lorsqu’une question nous tient à cœur, on y va à fond. Par contre », nuance Sixtine, « il est vrai que je ne viens pas d’un milieu socio-économique où on a forcément un intérêt à aller s’engager à gauche. Donc oui, il m’arrive d’avoir des conflits avec mes proches en raison de mon militantisme. J’essaye alors de savoir où mettre mon combat. »

Par le passé, Sixtine admet que la culpabilité inhérente à sa condition sociale a pu la guider dans son militantisme. « Dans notre société, les privilèges de certains se construisent sur le dos et l’exploitation d’autres personnes. Même si je n’exploite personne, j’ai bénéficié de certains privilèges au détriment des autres. Désormais, j’ai la volonté que le monde change parce que j’estime que la situation est injuste et que je ne serai pas libre tant que mes confrères et mes consœurs ne le seront pas. »

Militantisme et sciences

Son double bachelier en poche, Sixtine entame un master en droit international à la KU Leuven en s’orientant vers les droits humains et la philosophie des droits de l’homme. A la sortie de ses études, elle postule comme assistante auprès d’Olivier De Schutter, professeur en droit international à l’UCLouvain et rapporteur spécial à l’ONU. Elle se lance alors dans une thèse de doctorat sur la démocratie participative. « Au fur et à mesure que j’approfondissais le sujet, j’en devenais de plus en plus insatisfaite. Si la démocratie participative part bien d’une critique de la démocratie représentative, elle y reste compatible ; le pouvoir est donné à certaines personnes pendant que le reste du peuple ne l’a pas. »

Au fil de ses recherches, la jeune femme entend parler du Rojava, une région autonome de 4 millions d’habitants au nord de la Syrie, dont le système politique est grandement influencé par les thèses du militant et intellectuel anarchiste Murray Bookchin. « Le Rojava est le seul endroit au monde où la démocratie directe communaliste est mise en place. Le pouvoir est exercé en démocratie directe. Tous les résidents se retrouvent en assemblée populaire pour discuter des questions sociétales, économiques, politiques. La commune devient l’unité politique principale, et non plus l’Etat », explique Sixtine. « De cette manière, on déprofessionnalise la politique puisqu’elle devient l’activité de tout un chacun. »

Grâce à une bourse pour faire un LLM à Yale, elle rencontre les disciples de Bookchin et se familiarise davantage avec sa théorie. « Cette expérience fut incroyable. J’ai pu rencontrer tous les gens de l’Institut pour l’écologie sociale qu’avait fondé Bookchin, ainsi que de nombreux militants. A côté de ça, Yale est un milieu très élitiste et privilégié. On considère que tu as ta place parce que tu as payé pour. Cela me conduit parfois à ressentir une certaine dissonance par rapport à mon métier. Il est absurde que l’on soit mieux payé alors que pour beaucoup, l’université reste inaccessible en termes financiers. »

Après ce séjour aux Etats-Unis, Sixtine réoriente sa thèse vers la démocratie directe communaliste. Une évidence. « En rentrant, j’ai passé plusieurs mois sur le terrain en France, à Commercy. Durant le mouvement des gilets jaunes, ces derniers se sont organisés en assemblées populaires. Certains ont décidé de se lancer au niveau local pour redonner le pouvoir de décision aux habitants. »

Sixtine est passionnée. Lorsqu’elle évoque le sujet de sa thèse, son débit de parole s’accélère. Les mots s’envolent avec aisance. Ses mains suivent le mouvement. « Certains me disent que ce que j’étudie est absurde, que de toute façon un tel système démocratique ne sera jamais mis en place. Mon but est de prouver que des arguments peuvent défendre cette théorie radicale. » Peut-on combiner militantisme et recherche scientifique ? Sixtine répond par l’affirmative. « Ma légitimité tient au fait d’avoir une démarche scientifique et de relayer fidèlement la réalité de terrain, pas d’être neutre. Pour moi, la neutralité n’existe pas, même en droit. A partir du moment où l’on défend le système établi, on adopte une position politique. »

Entre pessimisme et espoir

Maintenant qu’elle dispose des données, il ne reste qu’à les mettre en forme. Grâce à la bourse « Vocatio », Sixtine va réaliser un séjour de recherche à l’université d’Edimbourg. « Ce séjour de six mois va me permettre de me frotter aux théories anglaises et de rédiger ma thèse sous la direction de professeurs spécialisés en innovation démocratique, notamment Olivier Escobar. » Au terme de sa thèse qu’elle prévoit d’achever en 2021, elle espère continuer dans l’enseignement, tout en poursuivant son engagement sociétal.

Sa vision de l’avenir ? Sixtine vacille entre pessimisme et espoir. « La montée du nationalisme me fait peur. Les gens n’ont plus confiance en l’institution politique. Les partis n’offrent pas de projets de société autour desquels on a envie de se rassembler », souligne-t-elle. « Mais lorsque je vois le mouvement de solidarité qui s’est créé suite aux inondations, les militants engagés pour la cause des sans-papiers, je reste bien évidemment optimiste quant à l’avenir. Ces militants anonymes et l’énergie qu’ils mettent dans leur combat sont ma plus grande source d’inspiration. »

VISU9AAntoine d’Ydewalle (fils de Benoit d’Ydewalle et de Martine Lhoist) a accepté de nous transmettre un bref topo de son parcours professionnel dans le secteur du bio.
Le jeune quadragénaire et son épouse, née Aurore de Borchgrave d’Altena, sont les heureux parents de Zoé, Iris, Auguste et Maurice.

« La santé au naturel »

"La santé au naturel", c'est bien ce leitmotiv qui unit dès 2008 le destin professionnel d’Antoine d’Ydewalle et de son associé Cédric Mourlon.
Antoine rejoint Cédric qui acquiert la société Pro-Vera quelques mois plus tôt. Pro-Vera est alors un distributeur de compléments alimentaires. Ils développent ensemble la partie cosmétiques bio et sortent une première gamme de cosmétiques à base d’aloe vera, AUREA, en 2009.

Conscient des effets néfastes des produits solaires conventionnels sur l’Homme et l’Environnement, les deux entrepreneurs élaborent en 2010 l’une des premières gamme de solaire certifiée bio en Europe: BIOSOLIS.

VISU9 cdric et antoineVERA SANA vient ensuite englober l’ensemble des compléments alimentaires de la société sous une même marque et identité forte. La société grandit en même temps que les nouveaux bureaux et entrepôts qu’ils font construire à Nivelles, en 2015. 

Expansion dans la diffusion

En 2012, Antoine et Cédric deviennent propriétaires de l’entreprise Bioholistic Diffusion à Tournai. Cette acquisition leur permet ainsi de ne plus se limiter uniquement aux magasins bio mais de conquérir de nouveaux points de vente en accédant aux (para)pharmacies et au monde médical et thérapeutique.

Dans le même temps, Cédric et Antoine continuent à étendre leurs gammes en élaborant une trentaine de produits qui viendront se rajouter à leurs propres marques.

Biosolis s’affirme également sur le marché et coïncide aux premières véritables exportations de Pro-Vera (Biosolis sera d’ailleurs la première gamme solaire certifiée bio à passer les tests de la FDA aux Etats-Unis).

En début d’année 2021 Pro Vera a acquis Distribio, un distributeur de produits alimentaires et de soins bio qui regroupe plus de 2.500 références.
Cette acquisition consolide ainsi leur positionnement sur le marché des produits BIO en forte croissance ces dernières années. 

« Nous voyons énormément de PME belges entre autres très qualitatives dans le bio mais qui se voient structurellement freinées dans leur développement. Or, nous entendons bien continuer à dénicher les pépites et nouveaux concepts qui jaillissent dans notre secteur. Aujourd’hui, nous voilà mieux armés pour proposer et conseiller le consommateur final à travers notre nouvelle structure » note Antoine.  

Source
Communiqué de presse Pro Vera

Pour plus d’infos
Interview BFM (22/04/2021) – Emission ‘Les Entrepreneurs Résilients’: lien

 

Elisabeth Nève de Mévergnies, petite-fille d’Alain Delvaux de Fenffe (1936-1999) et de Marie van Outryve d’Ydewalle (1940-1994), nous fait vivre quelques moments extraordinaires vécus dans le sillage de Lazare Belgique.

A Lazare, je passe de la théorie à la pratique: j’exerce véritablement l’Amour.

VISU8BNombreuses sont nos expériences personnelles, professionnelles, spirituelles : via le voyage, le scoutisme, la compétition sportive, l’art, les retraites, etc. Mais vivons-nous aussi des véritables expériences humaines, celles qui nous permettent d’Aimer, de rencontrer, d’ouvrir les yeux, de grandir, d’affirmer qui nous sommes vraiment ?

C’est mon cas depuis plus d’un an. J’ai la chance de vivre une expérience humaine particulièrement intense auprès de Lazare Belgique, une colocation solidaire qui rassemble des personnes passées par la rue, en situation précaire, qui ont traversé des galères et des jeunes actifs, avec eux aussi leurs limites et fragilités. Une expérience avec des hauts et des bas où l’on partage une vie ordinaire, où nous sommes simplement invités à vivre une belle vie sereine et joyeuse ensemble: cuisiner et partager des repas ; des moments vaisselles/sorties de poubelles/courses de semaine ; communiquer sur nos tracas, tout cela en chantant et dansant pour que cette sérénité et cette joie permettent à chacun de se sentir bien, à sa place, chez soi, comme à la maison ; de prendre goût à la vie, de gagner confiance, se reconstruire par l’action, et de se concentrer sur soi-même, avec un esprit allégé, pour pouvoir se consacrer à d’autres démarches avec les équipes qui nous entourent. Nous tissons des liens et partageons aussi des soirées, des anniversaires et des sorties où se glissent des moments extraordinaires, dont un summum particulièrement beau il y a quelques semaines.

VISU8GPour fêter les 10 ans de l’association Lazare, nous nous sommes retrouvés avec les maisons de Bruxelles, France, Madrid, Mexique, etc. à 200 personnes à Rome pendant 4 jours.

Une incroyable occasion de faire de belles rencontres avec des personnes de tout horizon, de tout parcours ; de vivre des moments fantastiques (soirée karaoké, soirée sketch, jeux de piste et défis, visite à l’Ambassade de France, etc.), de partager et de s’émerveiller.

S’émerveiller de la capacité de ses colocs à parler d’eux et de leurs histoires, à montrer leurs talents, à s’entraider, à s’écouter, à se respecter avec toutes nos différences.

Durant ces quelques jours, j’ai vu des colocs se relever avec tellement de force alors qu’ils sont parfois si fragiles. Je les ai vu puiser jusqu’au bout d’eux-mêmes pour accomplir quelque chose de plus Grand (ne pas boire pendant plusieurs jours alors qu’ils sont alcooliques, marcher des kilomètres alors qu’ils sont si faibles, se mettre en ordre de papiers d’identité/ d’assurance/ de covid et prendre l’avion alors qu’ils en ont si peur ; aller vers les autres alors qu’ils sont si timides). Tout le monde est sorti de sa zone de confort, a été forcé de faire confiance pour aller plus loin, prouvant encore une fois qu’ensemble nous sommes plus forts.

Et ces efforts ont été bien récompensés par une audience privée pendant 1 heure avec le Pape François.

Voilà une expérience qui transforme des vies

VISU8ADe mon point de vue, mon expérience à Rome m’a permis de mettre des mots sur ce que l’on vit au jour le jour. Lazare me permet vraiment de passer de la théorie à la pratique et d’exercer véritablement : l’amour, le partage, le don, l’entraide, la fraternité, la rencontre, la découverte, l’émerveillement, la joie, la reconnaissance, le pardon, l’humilité, la bienveillance, l’authenticité, l’écoute, le respect, la dignité, l’équité, l’accueil, l’ouverture, la patience, la fidélité, la confiance, l’espérance.

J'ai le plaisir de vous partager d’autres témoignages, avec autant de mots remplis de poids et de sens, repris ci-dessous.

Le Pape François nous a invités à ouvrir nos portes.

Alors que nous sommes parfois orgueilleux à attendre que la porte s’ouvre toute seule sans y frapper, ou alors que nous restons parfois cachés parce que nous avons peur que la porte ne s'ouvre pas pour nous et se ferme sur notre nez/ que derrière nous ne serons pas bien reçus, pas bien acceptés/ que le monde de dernière ne soit pas comme on l’attend, le Pape François nous invite à avoir le courage et l’humilité d’ouvrir la porte et d’aller vers soi-même (s’accepter avec nos fragilités et nos doutes) et, parce qu’on nous a ouvert la porte un jour, il nous invite à aussi garder cette porte ouverte pour l’autre ensuite, pour l’accueillir et pour lui faire une place qui nous fera grandir, sortir de notre zone de confort et non pas de verrouiller nos portes et nos cœurs.

VISU8FLe Pape François a rajouté :

« Dans un environnement parsemé d’indifférence, d’individualisme, d’égoïsme, à Lazare, vous nous faites comprendre que les valeurs d’une vie authentique se trouvent dans l’accueil des différences, le respect de la dignité humaine, l’écoute, l’attention à l’autre et le service des plus humbles. »

« Lazare est une petite chose, avec peu de maisons, en face de tant de besoins. Mais le levain est aussi une petite chose et il est pourtant capable de se multiplier. La graine est aussi une petite chose et elle est pourtant capable de faire pousser un grand arbre. La pire chose qui puisse arriver à « Lazaro », c'est d'oublier qu'il est petit, car s'il grandit à cause du pouvoir, de l'orgueil et de la complaisance, la masse d’arbres ne grandira pas, à cause de son ombre sur les autres. »

« Même si le monde pose sur vous un regard méprisant, vous avez du prix. » « Dans la société, vous pouvez vous sentir isolés, rejetés mais ne baissez pas les bras, allez de l’avant, en cultivant dans le cœur l’espérance d’une joie contagieuse. »

VISU8CLors de notre échange avec le Pape, nous sommes passés des rires aux larmes. Voici quelques extraits :

« La rue, c’est fait pour personne mais tout le monde peut y tomber. »

« Il n’est jamais trop tard pour réussir sa vie et apprendre à Aimer. »

« Je suis arrivée en tant qu’accueillie et maintenant j’accueille les autres ». « Ils me font confiance alors je peux aussi me faire confiance et je peux faire confiance aux autres. » « J’aime mes colocs telles qu’elles sont et elles m’aiment telle que je suis. » « En apprenant des autres, j’apprends aussi sur moi. »

« Nous veillons l'un sur l'autre. C’est une expérience de « don réciproque », dans la simplicité. C'est surtout une amitié qui se construit dans la réciprocité, et dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre à l'autre et de l'autre. On est souvent touchés par nos propres limites, nos propres faiblesses, mais ce n'est pas un point final ou un échec. Au contraire, c'est à partir du moment où l'on accepte notre petitesse que l'on peut devenir pleinement nous-mêmes, et que tout peut commencer ».

« Nous avons la chance de découvrir la richesse de chaque personne qui vient vivre ici. Nous sommes impressionnés par l’évolution de chacun pendant leur temps à Lazare : l’humilité pour demander de l’aide, le combat pour se libérer d’addictions, la ténacité pour trouver un travail, le souhait de reprendre contact avec une famille éloignée, la volonté de se dépasser et de se remettre en question pour aller toujours plus à la rencontre de l’autre ».

« Lazare c’est un chemin de résurrection pour des vies brisées. » « Tous ont trouvé un frère, qui les encourage dans leur chemin de reconstruction, de réparation de vies souvent blessées, marquées par des descentes aux enfers, mais aussi par des grandes et petites résurrections, grâce à un simple regard, une main tendue, une écoute. » « La joie, l’amour, la fraternité ne sont pas des expressions galvaudées pour les membres de l'association. Ces colocations ne sont pas un long fleuve tranquille, mais les inévitables conflits donnent surtout des occasions d’apprendre à demander pardon. » « Leurs petites résurrections témoignent de l’efficacité d’un amour vécu concrètement, dans les petits gestes du quotidien. »

Et sur le plan spirituel :

VISU8H« Quand j’étais SDF, j’avais fait la manche et quelqu’un qui portait une croix m’avait craché dessus. Je m’étais dit que les chrétiens étaient tous pareils ». « Je n’osais pas rentrer dans une Eglise. Les Églises c’est fait pour les riches. C’est rempli de beaux et riches objets d’art et seulement les riches y entrent. Je ne m’y sentais pas le bienvenu. Puis, j’ai découvert Lazare et repris Foi. »

« Pour moi l’Église, c’est Lazare. Et il n’y a peut-être pas assez de Lazare dans l’Église. »

« À Lazare, j’ai vu ce qu’est l’amour ». « J’ai trouvé la lumière, beaucoup de lumière. Et on m’a enfin regardée dans les yeux !» « J’ai découvert un autre visage de Dieu : celui qui se fait proche de nous, du tout petit ».

« Mais faut pas pleurer ! Le Pape, c’est la joie !» « Le pape, c’est la simplicité incarnée. Je suis sûre que même si tu viens pieds nus et en caleçon, il t’accepte. »

« François, c’est le Pape de toutes les religions. » « Pour moi qui suis musulman, l’Église catholique est la seule religion qui m’a ouvert les bras. Et je remercie l’Église pour ce geste ». Le Pape lui a alors répondu « C’est toi qu’on remercie d’être venu vers nous. »

« On m’a désigné ce matin pour introduire la rencontre… Moi qui ne suis même pas un bon croyant ». « Vous imaginez la promotion ! ».

Elisabeth Nève de Mévergnies

Il y a bien longtemps le journaliste Robert Delmarcelle (La Libre Belgique) consacra deux reportages au séjour à Bruges du Winston Churchill.
L'illustre personage, accompagné de son épouse, hôtes de Pierre et Marie-Thérèse d’Ydewalle, logeaient au palais provincial.
Axel d’Ydewalle a retrouvé la trace de ces articles dans ses archives.
Un bon moment de détente…

 Churchill à Bruges

VISU4 Churchill 1948 1Dans ses souvenirs, Winston Churchill a écrit qu'il eût pu, ayant faim, dévorer un mouton, oreilles comprises. Cela ne surprend pas Mme d'Ydewalle. Elle dit : A sept heures du matin, de­bout dans sa chambre, il réclamait sa secrétaire et son petit déjeuner. Il lui fallait, à cette heure matina­le, des viandes, des lards, des œufs. Un jour, il voulut un poulet ! Il nous restait, au frigo, un perdreau. Sir Winston s'en contenta et l'a­néantit. Ainsi mangeant, le matin, et fumant, et buvant, il dictait des pages de Mémoires à sa fidèle se­crétaire. Puis il s'en allait peindre, sur les quais, ou dans un béguina­ge, revêtu d'un grand tablier blanc qu'il barbouillait à plaisir et qu'il ne s'agissait pas de laver !

Lors­qu'il s'en allait peindre, son valet de pied ployait sous le faix de son chevalet, de ses brosses, de tout son attirail de peinture. Il était, à Bruges, incognito, mais quel plai­sir il éprouvait à être reconnu, à la rue, et salué, et fêté par les gens ! Son visage, planté du ciga­re, s'illuminait alors. Et il saluait de son célèbre V, des deux doigts.

Et son bonhomme de Scotland Yard veillait sur lui, inlassable... Voilà l'homme qui a assisté à !a naissance et à l'élaboration de tou­tes les toiles de Sir Winston ! Sa­vez-vous que le détective imposé à Churchill prenait ses repas dans la pièce située exactement à côté de celle où mangeait M. Churchill ? Et qu'il donnait dans une chambre située exactement en face de la sienne... ? C'est qu'à cette époque le grand homme était le chef de l'Opposition! Pour autant, la Gran­de-Bretagne ne voulait pas le per­dre...

Le gouverneur nous parle de Lady Churchill : Douce, douce, attentive, quel heureux vieux couple ils formaient, lui et elle. Elle avait la conscience de vivre la vie de son grand seigneur d'homme et lui pardonnait toutes ses lubies, toutes ses improvisa­tions, tous ses flacons. Les histoi­res qu'il contait, qu'elle avait en­tendues mille fois, elle les écou­tait comme des nouveautés ravis­santes, parce que, sans aucun dou­te, Churchill les renouvelait à cha­que coup, les améliorait, les refai­sait avec des mots nouveaux. Elle riait, comme nous, à pleurer.
Un jour nous proposâmes à Lady Churchill d'aller visiter Damme. Sir Winston, quant à lui, n'en vou­lut pas. Il préférait sa sieste, son bain de cinq heures, un peu de mé­ditation et un peu de whisky. A propos de son cher breuvage, il a écrit : « J'ai bien plus reçu de l'al­cool qu'il n'a reçu de moi » (I have taken more out of alcohol than it has taken out of me).

Ajoutons que lorsqu'on lui repro­cha un jour de trop fumer, Sir Winston répondit : « Possible que je fume trop. Mais si je n’avais tant fumé, j’aurais été de mauvaise humeur aux mauvais moments ».

Le chevalier d'Ydewalle dit en­core : le portrait complet de Wins­ton Churchill, déjà fait, cent fois peut-être, ne sera jamais complet. Cet homme puissant, indomptable en paix et en guerre, avait un vo­let de charme et de tendresse pour certaines choses et certaines gens.
Un jour qu'il allait peindre au bé­guinage, trois petites sœurs s'ap­prochèrent de lui, presque en révé­rence. A dix pas d'elles, Churchill s'arrêta, enleva son chapeau, et c'est Churchill qui fit la révérence aux petites sœurs. Un autre jour, dans le même béguinage, une peti­te sœur alla aux orgues et joua doucement « God save the King . Il ne l'entendait pas. Je lui dis ; qu'une béguine jouait pour lui le «God save the King». Il jeta sa brosse, jeta son chapeau, se leva, écouta. Puis il reprit ses pinceaux.

VISU4 Churchill 1948 9Churchill tel qu’il apparu « en  liberté »  au gouverneur de  Bruges et à sa famille, était, comme dit le  chevalier d'Ydewalle, «  un merveilleux enfant gâté », soucieux d'ailleurs de son personnage, contant à longueur de nuit des farces énormes, avec le secours de sa flambante prose churchillienne.
Le gouverneur s'arrangea pour confronter le Churchill des Anglais avec le Kamiel Huysmans des Belges. On  imagine le piquant de la confrontation... Comme Mme d'Y­dewalle félicitait Kamiel  Huys­mans de son inaltérable  jeunesse et lui en demandait le secret, Ka­miel, avisant Churchill, laissa choir : « Ne pas fumer, ne pas boire. Tout le reste est permis.» Churchill fumait, à cet instant, comme une cheminée, buvait comme une gouttière. Il fit simplement « Broû... ». Alors, perfidement, Churchill demanda à Kamiel Huysmans, en ce temps-là, Premier ministre, quelle était la majorité dont, il disposait.

Je verrai toujours, nous dit le gouverneur, le long index dé­charné de Kamiel Huysmans se dresser sur son assiette, il répondit : « One » (Un).

C'était le temps du gouverne­ment dit de la Mouette, qui repo­sait, en effet, comme le bel oiseau de la mer, sur une patte.

Churchill, royal, impérial, issu des splendides profondeurs humai­nes des îles britanniques, était pas­sé par Bruges, y laissant sa tra­ce, celle d'un homme que la mort elle-même eut beaucoup de peine à égorger.

Robert Delmarcelle (La Libre Belgique)

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Winston Churchill est mort
Quand Churchill peignait à Bruges

« Nous avons connu Churchill en liberté » nous dit le gouverneur de la Flandre occidentale

VISU4 Churchill 1946 bewerkt 1 1Winston Churchill, à un moment de sa vie, comme il l'écrit, eut la révélation de l'art. Et cette révé­lation, il le confesse, l'aida puis­samment dans ses tumultes. Il se mit à peindre. II a peint énormé­ment. Il a, disent ses familiers, gâ­ché des acres et des acres de belle toile. Nulle part, dans les écrits de Winston, n'apparaît l'expression d'une particulière fierté de sa peinture. La peinture lui procura, semble-t-il, essentiellement la satisfaction de peindre, une certaine paix dans un paysage choisi. Deux fois dans sa vie, Churchill prit son chevalet et ses brosses et s'en vint peindre à Bruges. Comme tout le monde. La première fois, en 1946. Il ne passa à Bruges qu'un après-midi. La seconde fois, en 1948, il monta une sorte d'« opération-peinture » : il débarqua à Bruges avec sa douce épouse Clémentine, avec sa secrétaire, avec le détec­tive privé que lui imposait Scot-land Yard et qui ne le lâchait pas d'une semelle, avec son valet de pied et avec la femme de chambre de Lady Churchill. Tout ce monde, et tous les impedimenta de ce mon­de, atterrirent, comme en 1946, chez le gouverneur de la Flandre occidentale, le chevalier Pierre van Outryve d'Ydewalle. qui dût éva­cuer une partie d« ses enfants pour faire place, dans son vieux palais gouvernemental, à ces étonnants et saisissants « intruders ».

UN GRAND-PAPA

             Le chevalier et Madame d'Yde­walle, ainsi, vécurent, comme ils disent avec « Churchill en liber­té », plusieurs jours. Ils s'atten­daient à connaître un Churchill « bouledogue », mordant, impossi­ble, proconsul. Eh ! bien non.

             Non,  nous disaient hier le gouverneur et Mme d'Ydewalle. Non, Churchill ne fut pas, dans notre maison, l'homme de sa répu­tation ou de sa caricature. Le sou­venir que nous gardons de lui est celui d'un délicieux grand-papa qui attirait prodigieusement les en­fants et que notre personnel ado­rait, non sans ramasser pieuse­ment les bouts de cigare qu'il je­tait un peu partout. Churchill fut, parmi nous, un vieil homme ex­quis, ce qui ne signifie pas qu'il fut "un homme simple. Il était adora­ble, étonnant. stupéfiant.

           Stupéfiant en quoi ?

           Stupéfiant en force physique et d'esprit. Churchill mangeait comme quatre, buvait comme dix, allait dormir à trois heures du matin et, à sept heures, commençait à dicter ses Mémoires à sa secrétaire. Une force incroyable animait ce vieil homme. Nous ne nous sommes jamais permis de tenter une estimation du litrage de whisky absorbé quotidiennement par Sir Winston. Mais, sans estimation ce­la nous paraissait exceptionnel. Lorsqu'il s'en allait peindre, il em­portait son flacon, soigneusement camouflé.  Le soir, il nous tenait sous son charme jusqu'à deux ou trois heures du matin, s'abreuvant merveilleusement. Puis il bâillait un grand coup, annonçant qu'il allait dormir. Et il emportait la bou­teille de whishy dans sa chambre ! Jamais, à aucun instant, nous n'a­vons vu apparaître chez Sir Winston le signe le plus imperceptible de l'ébriété. Sa capacité était, sim­plement, comme tout cet homme, phénoménale. Le whisky le rendait brillant;  il aiguisait sa prodigieu­se mémoire. Il était fier de cette sorte de don hérité, disait-il, des Marlborough. Il était  fier d'avoir terrassé, à Yalta, les  Russes qui avaient médité de le saouler. Il nous conta sa victoire sur les « mi­nables Russes » en un sketch qui nous laissa agonisants de rire. Pendant  toutes  ces nuits, alors qu'il parlait, parlait, buvant, fumant, les cendres de son éternel cigare s'ac­cumulaient entre son gilet et sa chemise...

S'IL ALLAIT FLAMBER ?

Le gouverneur se lève et dit :

             Savez-vous que, parfois, j'ai craint qu'il ne se mette à flamber, imbibé qu'il était ! Mais non ! Il se dressait, lâchait un dernier numé­ro, dans cette langue prodigieuse qui était la sienne et qui, par ses lèvres, coulait comme du Sheakespeare : chaque mot surprenait et il assemblait les mots comme un auteur dramatique. On allait, avec lui. de scène en scène. Il adorait raconter, en les enjolivant bien sûr, à sa brillante manière, ses souvenirs de correspondant de guerre en Afrique du Sud, au Sou­dan ou ailleurs. Il était alors une sorte de cavalier chrysostome, étourdissant. Oui, évidemment, Churchill buvait terriblement, mais le whisky répandait en lui une sorte de puissance joyeuse dont nous recueillions, tout étourdis nous-mêmes, les éclats.

             Je dois vous dire, confesse Mme d'Ydewalle, que je le com­prenais assez mal. Sa langue, bour­rée de sens et de termes terrible­ment drus, n'était pas facile. Avec les enfants, il se donnait la peine de parler un français assez pau­vre... Lorsqu'il rentrait, il prenait les enfants par la main et les em­menait dans sa chambre, pour leur montrer ses toiles de la journée. Il voulait que nos enfants, Axel, Daniel et Roseline. admirent sa peinture.
Mais l'admiration ne naissait pas toujours. Sauf pour les verts ! Car Sir Winston avait un de ces dons pour le vert... Et puis, quel appétit était celui de Sir Winston !

Robert Delmarcelle (La Libre Belgique)

Une quarantaine de nos membres ont participé à la journée de découverte du dimanche 12 septembre, à l’Hôpital à la Rose (Lessines).

Au programme de ces retrouvailles chaleureuses bien que masquées (Covid), un excellent repas suivi d’une visite guidée du musée de l’hôpital, et une fin d’après-midi ensoleillée sur la terrasse de la brasserie attenante.

Que soit remercié Emmanuel d’Ydewalle pour le chouette reportage photos annexé au présent Bulletin, que nos membres auront reçu par un envoi email séparé.

Nous vous proposons d'en prendre connaissance au départ du lien suivant.

VISU6 Lessine Groupe

 

Axel de Meeûs et son épouse Ysaure (née d’Ydewalle) sont de retour en Belgique, après un parcours de vingt ans dans divers pays d’Amérique Latine. Axel nous dévoile quelques épisodes de cet audacieux périple familial.

VISU7GL'objectif de ce document est de partager avec la famille, nos expériences en Amérique Latine. Il est évidemment très difficile de résumer presque un quart de siècle en quelques pages mais pour le moins, vous aurez une brève idée de ce qu'a été notre vie là-bas.

Les 23 années que nous avons passées en Amérique Latine furent absolument merveilleuses car nous avons vécu tous les jours quelque chose de nouveau, quelque chose que nous ne connaissions pas et du coup nous avons toujours dû nous adapter à un nouveau contexte, aux nouvelles cultures locales et aux nouvelles personnes que nous rencontrions à tout moment. Cela ne veut pas dire que tout fut rose, nous avons aussi dû manger notre pain noir...mais tant mieux car aujourd’hui je crois que nous sommes mieux armés face à une vie de plus en plus changeante et surtout cela nous permet d'avoir une vision du monde plus holistique.

En septembre 94 naissait Jules, il allait à la crèche à Ixelles et Ysaure travaillait comme architecte. Tout indiquait que nous aurions une vie traditionnelle bruxelloise mais octobre 1997 fut un mois à ne pas oublier car nous savions que Jules aurait une petite sœur et que nous allions partir vivre en Argentine. En effet j’avais participé à plusieurs interviews à Buenos Aires et à Mexico pour finalement trouver un job chez Coca-Cola Femsa.

VISU7JNotre départ de Bruxelles en janvier 1998 fut mouvementé mais nous avions hâte de découvrir notre nouvelle vie. Nous arrivâmes à Buenos Aires, en Argentine, sous un soleil de plomb et la sensation fut très gratifiante. Après avoir rassemblé nos innombrables valises à l'aéroport, direction l’hôtel Alvear où nous avons été accueillis par ma mère et notre beau-père Nicky. Nous sommes directement allés prendre le petit déjeuner durant lequel Jules n’a pas trouvé de meilleure idée que de renverser une énorme potiche pleine de sable…et à notre grand étonnement le personnel a trouvé cela fantastique, se mettant à jouer par terre avec lui... « les enfants sont rois » dans ce pays !

On a directement été frappé par l'accueil des Argentins très sympathiques et ouverts, en se promenant dans les grands parcs de Palermo, dessinés par l’architecte Thais. Pratiquement tous les 10 mètres quelqu’un venait toucher le ventre d’Ysaure en admiration par rapport à la future Apolline. On s’est d’ailleurs fait dans ces parcs plusieurs amis que nous voyons encore aujourd’hui.

Il faut dire que l’Argentine vivait un boom économique. Chose qui ne dura pas très longtemps puisqu’en 2001 l’Argentine a connu une dévaluation de 400% en quelques jours : on passa d’un usd équivalent à un peso argentin à 4 pesos ! Fin 2021 soit 20 ans après, un usd vaut 200 pesos, cela montre à quel point l’Argentine a connu et connaît encore d’énormes crises politiques et économiques. 

VISU7 BAprès deux nuits de rêve à l’hôtel Alvear, nous avons habité durant deux mois à l’hôtel Lancaster, petit hôtel très hospitalier avec quelques souvenirs de la présence britannique en Argentine. En effet ce sont eux qui y ont construit les chemins de fer au début du siècle passé à l’époque où l’Argentine était la troisième puissance mondiale...par la suite nous avons loué une maison à Palermo chico, quartier très agréable et très central.

Apolline est arrivée en juin 1998 ainsi que Ramona, la deuxième mère d’Apolline, qui nous suivra durant toute notre épopée en Amérique Latine. Nous vivions sur un petit nuage, les enfants allaient à la crèche et à l’école à 300 m de la maison, nous avions beaucoup d’amis argentins et pratiquement tous les soirs nous faisions des « parillas » (barbecue) sur la terrasse en dégustant cette délicieuse viande argentine. Au bureau je m’amusais comme un fou, m'occupais du marketing, nous avons d'ailleurs été précurseurs dans ce qui est aujourd’hui l’intelligence artificielle, j’avais aussi la chance d’avoir d’excellents chefs !

En 2000 nous avons acheté une maison dans le quartier de Belgrano. Ysaure a activement participé à l'élaboration des plans avec Hector qui est devenu un très grand ami par la suite. Nous l’avons rénovée pendant 6 mois et avons emménagé en mars 2001. Les enfants étaient très épanouis ; nous avions la chance d’avoir une piscine dont nous profitions durant pratiquement toute l’année. Pour comprendre un peu ce que c’est vivre dans un pays comme l’Argentine, voici une anecdote intéressante : pour rénover la maison, j’avais emprunté 100.000 usd (en Argentine l’immobilier est en USD et non en monnaie locale) et lorsque la dévaluation arrive, le pays connaît 5 présidents différents en 5 jours ...Et surtout je me retrouve avec un salaire quatre fois inférieur, bref je suis dans la m....pour rembourser mon prêt. Mais dans ces pays il arrive toujours quelque chose d’imprévu. En effet quelques semaines plus tard le gouvernement argentin prend la décision de "pessifier" tous les prêts égaux ou en dessous de 100 M usd, ce qui veut dire qu’au lieu d’avoir un prêt à rembourser quatre fois supérieur en monnaie locale, je me retrouve avec un prêt qui ne vaut plus qu’un quart de sa valeur à partir du moment où j’arrivais à trouver des usd pour annuler mon prêt auprès de la banque. Dans ces pays tout est souvent compliqué mais surtout, tout est toujours possible !

L'Argentine est un pays immense aux multiples facettes comme Salta dans le nord, la Pampa avec ses étendues à perte de vue, le sud avec ces richesses naturelles. Nous y allions souvent et principalement en Patagonie qui reste aujourd'hui notre endroit de prédilection et de « recueillement » ; Hemingway disait : "la Patagonie n'est pas le plus bel endroit du monde mais bien le plus vibrant". Tout est immense, tout est grand, on s'y sent au bout du monde, ce qui est d'ailleurs le cas.

VISU7DNotre vie était paisible, tranquille et chaleureuse, Apolline et Jules sont d’abord allés dans des écoles locales mais ensuite ils sont passés au Lycée Français entre autres pour améliorer leur niveau de langue française. Jules était déjà un grand fana de foot et Apolline adorait monter à cheval.

Durant tout un temps on se voyait vivre à long terme en Argentine jusqu'au jour où on me demanda d'aller au Brésil où Coca-Cola Femsa avait acheté une nouvelle franchise mais très rapidement j’ai dit à mes chefs que nous ne souhaitions pas bouger…nous étions tellement contents de notre décision ! Mais quatre mois après, le CEO de l'entreprise me demande d'aller au Mexique !  Quelle belle proposition et tellement compliquée à la fois...Finalement et après avoir beaucoup réfléchi avec Ysaure, nous avons accepté mais avec notre cœur brisé, surtout celui de Jules car Apolline n'avait encore que 6 ans !!!

Avec du recul, sans aucun doute nous avons pris la meilleure décision mais les mois qui précédèrent et suivirent notre départ furent très difficiles.

VISU7 CNous avons eu la chance de trouver très rapidement un acheteur pour notre maison et au mois d'Août, Ysaure et les enfants rentraient en Belgique alors que moi je partais au Mexique pour commencer à y travailler. Une nouvelle aventure débutait...

En arrivant j’ai logé pendant deux mois dans un hôtel, situé heureusement près du bureau car le trafic au Mexique est un enfer ; en moyenne les gens passent 4 à 5 heures par jour dans leur voiture car les transports en commun sont très mal desservis.

Nous avons mis beaucoup de temps à trouver une maison à Mexico qui est une immense ville avec plus de 20 millions d'habitants. Tout est différent par rapport à l'Argentine à commencer par les gens qui sont plus froids, le climat et surtout la culture avec une forte influence indienne (origine aztèque, Maya, toltèque et autres civilisations précolombiennes), espagnole et américaine. Finalement on trouva une maison adorable sur un seul niveau de style colonial dans les Lomas de Chapultepec.

Quand Ysaure et les enfants arrivèrent de Belgique, heureusement nous avons pu intégrer directement notre nouveau « chez nous » avec des meubles loués car les nôtres n’étaient pas encore arrivés. L'acclimatation au Mexique fut lente, surtout pour Jules et Ysaure. Pour moi ce fut un peu plus facile car j’y avais vécu 3 ans entre 1984 et 1987 mais je dois reconnaitre que chaque matin en partant au bureau je me demandais si on avait eu raison de quitter l'Argentine ; de plus chaque soir Jules laissait un mot en dessous de notre porte en nous suppliant de rentrer à Buenos Aires...

Heureusement Ramona avait accepté de nous suivre ; c'était vraiment la Boss car elle dirigeait tout de main de maître à un tel point que les gens avaient peur d'elle ; sa fille nous a rejoints quelques mois après.

Cette année-là nous sommes rentrés en Belgique pour passer Noël et par bonheur le retour à Mexico fut meilleur ; petit à petit on s'habituait à notre nouvel environnement, on voyageait beaucoup durant les longs week-ends découvrant de superbes endroits comme Oaxaca, Puebla, Guanajuato, Merida....en général toutes des villes et régions au passé très riche avec souvent un mélange d'histoire précolombienne et coloniale. En plus de cela on adorait la cuisine mexicaine, encore aujourd'hui elle nous manque ! Il faut aussi parler des plages qui sont absolument exceptionnelles que ce soit du côté de l'Atlantique ou du Pacifique sans oublier toute la région des Caraïbes du côté de Cancun qui en soit n'apporte rien, en revanche les alentours sont d'une rare beauté !

Dix-huit mois avant de quitter l'Argentine, Ysaure avait commencé à créer des bijoux de fantaisie qui avaient un succès incroyable, elle continua sa production durant nos 6 années passées au Mexique. La fille de Ramona l'épaulait dans la production qu'elle continuera jusqu'à notre arrivée au Brésil.

Nous avions entre temps acheté un chien, un labrador golden baptisé Diego, avec des rappels de Maradona....décidément il était difficile d'effacer 7 années d'Argentine. Ce chien joua un rôle très positif pour les enfants durant les années qui suivirent, c'était le nouveau Dios Diego.

VISU7KIMG 4210En août 2007 la famille était à Beernem, j’étais resté au Mexique pour travailler, le système laboral mexicain prévoyait en effet peu de vacances, à peine 15 jours ouvrables par an, donc mes jours de congé étaient comptés. Et voici que mon boss m'appelle pour me proposer de devenir CEO de Jugos del Valle, une entreprise de jus de fruits qu'avait acheté Coca-Cola et ses embouteilleurs. Même si notre intention était toujours de revenir en Argentine, je ne pouvais pas refuser une telle opportunité professionnelle. J’ai beaucoup appris durant les deux années qui ont suivi mais malgré tout, la famille pensait toujours au sud....

Quelques mois passent et le chef des RH m'appelle et me dit qu'il y a une position intéressante au Brésil, celle de CEO d'une autre société rachetée par Coca-Cola. Je reviens tout content à la maison pour m'entendre dire que Jules ne voulait plus quitter le Mexique....ce n’est pas vrai, je vis dans un rêve ! Dans le fond Ysaure et moi voulions un changement et dès lors j’accepte cette nouvelle position à la grande "fureur" de Jules qui nous dit qu'il restera au Mexique. Apolline dans tout cela était plus flexible... Bref à partir de novembre je pars au Brésil pour une nouvelle aventure. Les enfants et Ysaure restent encore au Mexique pour une question scolaire et ils me rejoindront en février 2010.

Entre temps je fais quelques allers-retours avec le Mexique et y reviens fin janvier avec l'idée que Jules m'accompagne au Brésil. Hélas au moment de partir Jules s'enfuit à notre grand étonnement, nous ne savions plus quoi faire. Après quelques heures on le retrouve et on accepte qu'il ne revienne pas avec moi et que je reviendrais pour le rechercher...Bref je suis reparti seul au Brésil pour revenir 4 jours après pour partir avec Jules. Dans l'avion Jules était comme fou et je pensais à tout moment qu'il allait sortir de l'avion pour de nouveau s'échapper. Finalement on arrive à Sao Paulo tous les deux sans beaucoup se parler et le surlendemain matin je le conduis au Lycée Français et voilà qu'une heure après on m'appelle de l'école pour me dire que Jules n'était jamais arrivé ! Que faire ? J'envoya une personne du bureau pour le chercher mais pas de Jules nulle part, je devenais fou et ne savais, encore une fois, plus quoi faire, en plus ne pouvais rien dire à Ysaure car c'était l'inquiéter de manière inutile. Vers 19h je décidai de rentrer du bureau à l'hôtel et à ma grande surprise, et surtout à ma grande joie, Jules était dans sa chambre, je n'ai jamais su comment il avait fait car il n'avait pas d'argent et ne parlait pas portugais. Quelle affaire !!!

Auparavant et durant les semaines où j'étais seul à Sao Paulo, je visitais différents quartiers et différentes maisons à louer. Les prix étaient fous, le Brésil vivait le plus grand boum économique de son histoire. Bref je me suis dit qu'il valait mieux acheter. Quelques jours après je visite une maison et appelle Ysaure pour lui dire que j'étais dans notre future maison, 6 mois après je l'achetais. On trouva un super architecte avec qui on fit les plans de rénovation ; Finalement et au dernier moment on prit la décision de la démolir nous disant que ce serait probablement plus facile. Le Brésil est un pays avec une législation compliquée donc il valait mieux se simplifier la vie...tout est relatif bien entendu.

On loua d'abord une maison à Morumbi qui était vraiment sympa mais dans un quartier plutôt dangereux, assez loin de tout, avec un trafic infernal, je ne sais pas si c'est pire ou pas que le Mexique ? On restera deux ans dans cette maison où nous avons été finalement très heureux. Les enfants avaient leur espace à eux et c'est fondamental pour les jeunes ! Entre-temps on achète un deuxième labrador qu'on appellera Jack.

VISU7KQuand je parle de dangereux, il faut savoir que Jules a été braqué trois fois avec un revolver à chaque fois pour lui voler son GSM, heureusement il a toujours gardé son sang-froid.

En 2012 on emménage dans notre nouvelle maison avec une énorme satisfaction, on aura fait les travaux dans un temps record ! Ysaure s'habitue très vite au Brésil, on deviendra membre d'un club de sport exceptionnel, c'était la nouvelle maison d' Ysaure qui nageait tous les jours 3 km, eh oui j’ai une femme sportive.

Jules et Apolline s'habituent aussi très vite au Brésil, il faut dire que les Brésiliens sont les gens les plus cool qui existent, quand tout va mal, tout va bien ! Ils sont tous les deux aussi au Lycée Français.

Le Brésil est le pays de la fête et même quand les choses vont mal, on dit toujours qu'au Brésil rien ne se passe avant le Carnaval. Et c'est vrai, aussi incroyable que cela puisse paraître. Ysaure et moi avons d'ailleurs défilé au Carnaval de Rio, expérience inoubliable tant elle était intense.

Durant notre séjour brésilien, on a eu la chance incroyable de vivre une coupe du monde de football et les jeux olympiques, en plus avec Coca-Cola comme sponsor, on a vécu ces évènements dans des conditions privilégiées.

Le Brésil est un continent, tout est immense et la Nature est à la hauteur de la taille du pays à savoir abondante, luxuriante et superbe. Salvador de Bahia avec sa culture noire, Minas Gerais avec ses villes coloniales, l'Amazonie et toute son immensité et Rio de Janeiro avec sa magie, est selon moi la ville la plus fascinante du monde. Et bien entendu aussi des plages, il y en a partout, le Brésil a plus de 7500 km de côtes toutes plus incroyables les unes que les autres.

Toutes les bonnes choses ont une fin et heureusement car on peut à chaque fois recommencer…Jules a quitté le Brésil en 2015 pour étudier à Barcelone (Espagne) et en 2017 Apolline est partie à Bath (UK), Ils revenaient heureusement souvent tant cette passion pour le Brésil était grande. C'était pour nous aussi le moment de nous recréer, le départ du Brésil en 2018 fut bien douloureux mais l'expérience vécue fut telle que si c'était à refaire, on le referait demain !

Après un nouveau passage de deux ans en Argentine, la pandémie changea notre vie et finalement nous décidâmes de revenir vivre en Belgique en 2020, un nouveau cycle commençait....

Axel de Meeûs

Almahué founder
“Service to others is an instinct of the soul...”